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Mondher ZenaidiSite officiel

« Wajibna »

Plateforme politique du projet de salut et de réforme

Date
30 juin 2025
Pages
44
Structure
Une lettre ouverte et 5 parties
Langue originale
Arabe
Traductions
Français, anglais
Couverture de la plateforme « Wajibna » : titre arabe en rouge, citation manuscrite bleue, vague rouge et blanche au pied de page
« Wajibna » — plateforme politique du projet de salut et de réforme, 30 juin 2025 (édition arabe)

« Wajibna » (en arabe : واجبنا) signifie « Notre devoir ». Ce texte, daté du 30 juin 2025 et signé par Mondher Zenaidi, est la plateforme politique du projet de salut et de réforme. Il est reproduit ici dans son intégralité.

L’original est en arabe ; les versions française et anglaise en sont des traductions.

« L'espoir est plus fort que le désespoir, et la Tunisie reviendra immanquablement aux Tunisiens... Aujourd'hui le salut, demain la réforme. »

— Mondher Zenaidi

En bref

Résumé de la rédaction. Ces résumés sont rédigés par la rédaction du site ; seul le texte intégral ci-dessous est celui de son auteur.

  • Lettre ouverte

    Lettre ouverte à toutes les Tunisiennes et à tous les Tunisiens

    Mondher Zenaidi s’adresse à tous les Tunisiens, décrit l’état du pays, présente « Wajibna » comme un choix tunisien souverain, ouvert aux amendements, et appelle chacun à s’y joindre, pour la Tunisie.

  • Partie 1

    Fondements et points de départ

    Le constat d’un effondrement général ; le devoir et la compétence opposés à l’inconséquence et à la médiocrité ; le recours à des moyens légaux et pacifiques posé comme devoir moral.

  • Partie 2

    Les trois temps

    Une stratégie en trois étapes, différentes par leurs objectifs, leurs moyens et leurs méthodes de travail : le salut, la confiance, la réforme.

  • Partie 3

    Le cadre organisationnel et la stratégie

    Une crise de confiance envers les partis, et un autre cadre d’action commune : une équipe restreinte, une méthode souple, un espace de rassemblement, la moralisation de l’action politique.

  • Partie 4

    Le gouvernement du devoir national

    L’organisation de l’action publique proposée pour une transition de deux ans : une équipe non partisane de compétences nationales, cinq maux à combattre, cinq buts, une structure et cinq conditions d’appartenance.

  • Partie 5

    La charte « Wajibna »

    Sept engagements de conduite dans la vie publique : servir les gens, ne pas oublier les régions délaissées, préserver les libertés, l’administration et la souveraineté, placer la Tunisie avant les positions.

Les trois temps

Résumé de la rédaction

  1. Première étape

    « Le temps du salut »

    Fonder la « société du devoir » sur trois axes : juridique et des droits, politique et économique, sociétal et citoyen.

  2. Deuxième étape

    « Le temps de la confiance »

    Rétablir la confiance : des mesures urgentes dans les six premiers mois, puis un programme de réhabilitation sur deux ans.

  3. Troisième étape

    « Le temps de la réforme »

    Engager les réformes structurelles et stratégiques longtemps différées : le projet de réforme « Wajibna ».

Lettre ouverte à toutes les Tunisiennes et à tous les Tunisiens,

« Prêts »

Mes frères, mes sœurs, enfants de notre patrie bien-aimée,

Jamais notre pays n'avait connu un état de découragement, d'effondrement et d'horizon bouché comparable à celui qu'il vit aujourd'hui sous le règne du populisme, de l'impuissance et de l'échec. La Tunisie est un pays qui a perdu le sourire et la confiance en l'avenir...

Un pays qui ploie sous le poids d'une injustice qui s'est répandue dans tous les domaines de la vie. Une injustice politique qui a pris pour cible les opposants et les porteurs d'une parole libre, dont les prisons et les centres de détention se sont remplis... Et une injustice sociale qui a précipité de larges catégories de Tunisiens dans la pauvreté et le dénuement.

Ma participation à la vie publique de notre pays s'est toujours inscrite dans le respect des institutions et des lois, aussi restrictives fussent-elles, et aussi attachées qu'elles aient été à servir les intérêts de catégories particulières. J'ai toujours refusé de mener les combats de la discorde, d'attiser les rancœurs et de diviser les Tunisiens ; mon souhait était, et demeure, de rassembler les Tunisiens contre la division, l'impuissance, l'échec et le désespoir, et pour une société du devoir et d'une vie digne... une société qui n'abandonne aucun Tunisien au bord du chemin.

Alors que fait rage la lutte pour le pouvoir entre celui qui s'y accroche jusqu'au despotisme et jusqu'à la mise en œuvre du « plan de substitution » — substituer la médiocrité à la compétence, l'inconséquence à la responsabilité, la démolition à la construction — et celui qui y aspire sans mesurer la délicatesse de la conjoncture ni la gravité de la responsabilité, j'ai choisi de respecter l'intelligence des Tunisiens et la souveraineté de leur décision, et de m'adresser à eux avec un contenu qui les place au cœur des préoccupations, des stratégies, des compétitions et des combats, afin de trouver des solutions à leurs problèmes, d'améliorer leur situation et de réunir les conditions nécessaires à l'essor du pays vers un avenir meilleur.

Le projet « Wajibna » est avant tout un argument opposé à tous ceux qui agitent le spectre du vide et d'une dégradation accrue de la situation après le départ du populisme. Il n'y aura pas d'effondrement après l'effondrement, ni de vide après ce vide que vit un État dont la médiocrité et l'inconséquence ont sapé les fondements.

Nous sommes donc prêts à assumer cette charge, à quelque position que les Tunisiens jugeront bon de nous voir occuper. Et nous œuvrerons au salut et à la réforme dans des délais qui tiennent compte de l'urgence de la situation et de la nécessité d'accomplir des réformes trop longtemps différées.

Le projet « Wajibna » est un choix tunisien par excellence, dans sa conception, sa déclinaison et sa mise en œuvre... Un choix souverain, pour une patrie que nous reconstruisons avec des esprits et des bras tunisiens qui ne quémandent ni la sympathie, ni l'intervention, ni le soutien de quelque partie que ce soit, quels que soient son rang ou son influence, mais qui imposent le respect et rendent sa considération à l'intelligence tunisienne et aux compétences nationales. Hommage, reconnaissance et gratitude à toutes celles et à tous ceux qui ont contribué à l'élaboration de ce projet par la rédaction, la correction, la critique et l'enrichissement.

Le projet « Wajibna » est aussi une contribution à la rationalisation et au développement de la pratique politique dans notre pays ; il rompt avec la logique des tiraillements, des rivalités narcissiques et de la guerre des positions, et recentre l'action sur les projets, les programmes et ce qui est utile aux gens.

Le projet « Wajibna » est un livre ouvert à tous, appelé chaque jour à être amendé et enrichi, au gré des transformations du monde et des besoins de la patrie.

Enfants de notre patrie bien-aimée : les vents du salut et de la réforme se lèveront immanquablement, et leurs brises parfumées souffleront sur notre pays... Soyez donc avec nous, pour la Tunisie.

Dieu le Très-Haut a dit : « Et Dieu distingue celui qui corrompt de celui qui réforme » (Coran, 2:220 — traduction du sens).

Que Dieu protège la Tunisie.

Mondher Zenaidi

Le projet « Wajibna » est un choix tunisien par excellence, dans sa conception, sa déclinaison et sa mise en œuvre...

Mondher Zenaidi« Wajibna » — Lettre ouverte30 juin 2025
Illustration : fondations de pierre d'un édifice public en restauration à l'aube, niveau, fil à plomb et truelle sur un bloc.

01Fondements et points de départ

Le devoir et la compétence face à l'inconséquence et à la médiocrité.

Jamais notre pays n'avait connu un effondrement aussi généralisé que celui dont il est aujourd'hui le théâtre sous le règne du populisme, de la médiocrité, de l'impuissance et de l'échec, en particulier depuis que la volonté populaire a été confisquée, et avec elle l'espoir d'un changement serein par les urnes. Des crises étouffantes aux dimensions multiples ont jeté leur ombre sur le pays et ont fait de l'avenir une source d'inquiétude et de peur pour une majorité de Tunisiens, ce qui a aggravé l'état de découragement et d'abattement.

Que peut-on donc attendre d'un président qui a fait de la démolition une méthode de gouvernement et n'a laissé aucun domaine vital sans le saper : le droit, les institutions de l'État, la jeunesse et l'espoir en Tunisie, la société civile et la politique, l'économie et le pouvoir d'achat, la confiance, l'unité et la solidarité, la liberté d'entreprendre, la liberté d'expression et d'organisation et le droit à la différence, la compétence et le mérite... Un président venu avec un système qui a pris pour cible les hommes d'affaires, les investisseurs et les porteurs d'initiatives, et qui en est réduit à regarder, impuissant, l'hémorragie de l'émigration des jeunes du pays, de ses compétences et des meilleurs de ses enfants... Un système qui a affaibli l'administration, dénigré ses agents et leur a fait porter son propre échec...

Face à ce cauchemar qui pèse sur notre pays, et convaincus du droit de notre peuple à une vie meilleure, nous avons décidé de nous en remettre à son arbitrage lors d'élections dont nous espérions qu'elles seraient le meilleur moyen d'opérer un changement serein et d'engager les deux combats du salut et de la réforme. Nous voulions en faire une bataille de programmes et de projets, dans laquelle les Tunisiens choisiraient les plus aptes à les conduire et à porter leurs espoirs, dans cette conjoncture délicate que traverse notre pays et dans un monde en mutation où la donne internationale est devenue une variable essentielle dans la détermination du destin des peuples. Mais celui qui voyait dans les élections une question de « survie ou d'anéantissement » et une « bataille de libération nationale » a usé de tous les moyens que lui offraient le despotisme et sa mainmise sur tous les pouvoirs pour falsifier la volonté populaire et priver les Tunisiens d'une véritable chance d'améliorer leur situation et de rompre avec le règne de l'impuissance, de la médiocrité et de l'échec.

Tout cela n'a pas entamé notre détermination à poursuivre la lutte pour le droit de notre peuple à une vie meilleure, d'autant plus au regard des mutations régionales et internationales et des turbulences que traverse le monde, qui ont encore compliqué la situation de notre pays : l'aggravation du phénomène de la migration irrégulière depuis et vers notre pays (notamment la persistance de l'hémorragie de la fuite des cerveaux), la poursuite de la guerre russo-ukrainienne, avec ce qu'elle implique de hausse continue des taux d'inflation et de flambée des prix des denrées alimentaires, les crimes commis contre les Palestiniens et la guerre israélo-iranienne, avec leurs répercussions sur la stabilité de l'ensemble de la région arabe, le refroidissement et la tension des relations dans notre environnement régional, entre voisins et entre ceux-ci et leurs partenaires historiques, les récents développements de la scène libyenne et leurs effets directs sur la situation dans notre pays ; à quoi s'ajoutent les conséquences des changements climatiques et du réchauffement de la planète, telles que la sécheresse, la rareté de l'eau, la multiplication des incendies et des tempêtes et l'élévation du niveau de la mer, ainsi que les mutations technologiques, comme le numérique et l'intelligence artificielle, et leur impact sur l'économie, la sécurité et la souveraineté nationale... Autant de questions nouvelles, aux effets considérables, qui ne sont pas au cœur des préoccupations du système du populisme et de la médiocrité, exclusivement occupé à assurer son maintien au pouvoir et à réprimer les opposants et les voix libres.

Et parce que nous anime un profond désir de libérer davantage de volontés et d'élargir le champ de la participation citoyenne, il est naturel que nous œuvrions à mobiliser toutes les composantes de la société, afin que chaque Tunisien soit en mesure de contribuer, depuis sa position, au devoir de salut et d'en faire une priorité nationale ; cela le qualifiera ensuite pour être le gardien fidèle et digne de confiance des constantes et des acquis, et le premier à s'opposer aux tentatives de les contourner et de les dévoyer, comme c'est le cas aujourd'hui.

Il est désormais nécessaire de faire passer la bataille du salut du cercle restreint des élites à l'étendue de la société, et de la lutte catégorielle à un vaste engagement sociétal et citoyen, sans que cela serve de prétexte à des règlements de comptes, à de nouvelles injustices à l'encontre de ce peuple, à davantage de division et à l'embrasement de la situation...

Car si sauver la Tunisie est un devoir national, recourir pour ce faire à des moyens, des approches et des pratiques légaux, légitimes, pacifiques et intègres est un devoir moral auquel nous ne saurions en aucun cas renoncer... L'injustice ne doit pas répondre à l'injustice, les fins nobles ne s'atteignent pas par des moyens douteux et sales, à la médiocrité on ne répond pas par une autre médiocrité, et le salut du pays ne peut s'accomplir en divisant les Tunisiens, en semant la haine et les rancœurs, en portant atteinte à l'honneur des personnes et en nuisant à la patrie, à ses constantes et à son image, à l'intérieur comme à l'extérieur.

L'injustice ne doit pas répondre à l'injustice, les fins nobles ne s'atteignent pas par des moyens douteux et sales […]

Mondher Zenaidi« Wajibna » — Partie 130 juin 2025

02Les trois temps

Le salut / la confiance / la réforme.

« Le changement commence de l'intérieur », dans la capacité des individus et des groupes à s'adapter aux évolutions et à intégrer les données nouvelles. La vie politique tunisienne « n'est pas un long fleuve tranquille »... Après le temps électoral, qui a contribué à mettre davantage à nu la nature despotique du système du populisme et de l'inconséquence, il fallait digérer la déception de « l'espoir de changement brisé » et de la falsification de la volonté populiste, puis procéder au « redéploiement » et reprendre la bataille du salut et de la réforme. Car notre bataille n'est pas une bataille pour le pouvoir, ni une bataille d'influence, ni une bataille de positions... C'est la bataille d'un peuple... la bataille d'une patrie... la bataille d'un avenir... la bataille d'un destin, que nous avons décidé de mener, confiants dans sa noblesse, sa légitimité, son utilité et son issue, qui aboutira, si Dieu le veut, à la fin de l'injustice et du règne du despotisme et au retour de la parole au peuple par des élections libres, transparentes et démocratiques, où il décidera de son destin.

En prévision de toutes les éventualités, nous avons veillé à élaborer une stratégie articulée en trois temps, différents par leurs objectifs, leurs moyens et leurs méthodes de travail. Des étapes jalonnées d'intitulés et de mots-clés changeants, adaptés aux exigences du moment.

  • La première étape est le combat légitime et nécessaire contre le despotisme (« le temps du salut »)...
  • La deuxième étape est la gestion de la période délicate de « l'après-règne du despotisme », qui exige des mesures rapides rétablissant la confiance dans la politique, dans le pays et dans l'avenir (« le temps de la confiance »)...
  • La troisième étape est la réalisation des grandes réformes trop longtemps différées, à même de rendre au pays son rayonnement d'antan (« le temps de la réforme »).

Il nous appartient, en cette conjoncture difficile que traverse notre pays, de ne nous tromper ni de combats, ni d'objectifs, ni de moyens... Assez de temps perdu pour le pays et de dilapidation de ses ressources.

Et de veiller, à chacune de ces étapes, à contribuer avec sérieux et intelligence à l'amélioration de la pratique politique, à la moralisation de l'action politique et à la réconciliation des Tunisiens avec la chose publique, avec leurs élites et avec leurs représentants. Telle est notre conception des notions de salut et de réforme : construire et s'élever vers le meilleur, quelles que soient les contraintes et quels que soient les défis.

Car notre bataille n'est pas une bataille pour le pouvoir, ni une bataille d'influence, ni une bataille de positions...

Mondher Zenaidi« Wajibna » — Partie 230 juin 2025
Illustration : phare blanc sur un cap de la côte tunisienne au lever du jour, mer qui s'apaise après la tempête.

Première étape : « Le temps du salut »

Fonder la société du devoir.

Nos luttes à venir, jusqu'à la fin de l'injustice et du règne du populisme inconséquent, et pour le droit de notre peuple à une vie meilleure, s'inscrivent dans trois axes :

Axe juridique et des droits : Nous mènerons contre le populisme toutes les batailles juridiques possibles, au niveau national comme international. Nous ne ménagerons aucun effort pour l'exposer comme un système hors-la-loi et pour défendre notre droit et le droit de notre peuple à des élections libres et transparentes et au choix des plus aptes à diriger le pays. Dans le même temps, nous défendrons le droit de tous les Tunisiens à l'opinion divergente et à l'opposition pacifique et démocratique, et nous ferons pression pour que cessent les injustices infligées aux voix libres, pour la libération des prisonniers d'opinion et pour que rendent des comptes ceux qui se sont rendus coupables envers ce peuple à travers une politique systématique d'exclusion et de bâillonnement. Notre pays regorge de hautes compétences et de chevaliers de la liberté, acquis national qu'il faut préserver et renforcer, afin qu'ils constituent véritablement la force de frappe dans les combats d'aujourd'hui et le bouclier inexpugnable de demain contre toutes les tentatives de dévoiement, de régression et de manipulation et d'asservissement de la loi en vue de saper l'État de droit et des institutions et d'accaparer le pouvoir. « La justice est le fondement de la civilisation », comme le dit le savant tunisien Ibn Khaldoun.

Axe politique et économique : Le populisme a assassiné la démocratie et tué la politique dans notre pays. Plus de partis, plus de société civile, plus de militants, plus d'opinion divergente, plus de médias libres, plus de compétition autour des programmes et des projets, plus de contrôle ni de reddition de comptes du pouvoir en place. Militants, opposants, journalistes, blogueurs et candidats aux élections croupissent en prison au lieu de contribuer à animer et à enrichir la vie publique et à consolider la construction démocratique. Tout en condamnant absolument cette démarche populiste détestable et les effets catastrophiques qu'elle a laissés sur la vie politique du pays, nous renouvelons nos appels répétés à tous les acteurs politiques (de l'opposition ou ayant exercé des responsabilités par le passé) à procéder aux révisions nécessaires et à rompre avec des pratiques qui les ont éloignés des préoccupations des gens et ont contribué à enraciner des attitudes négatives à l'égard de la politique et des politiciens, ainsi que la désaffection des citoyens envers la chose publique.

Le populisme, dépourvu de vision à long terme et qui a érigé la courte vue en règle, a détruit notre économie, aboli la libre initiative, aggravé la pauvreté, affaibli le pouvoir d'achat du citoyen et l'a accablé d'impôts. La médiocrité n'est ni un choix, ni un point de vue, ni une fatalité que les Tunisiens devraient accepter.

Le populisme se sert de la politique pour masquer les échecs et les crimes économiques et sociaux qu'il commet contre notre peuple, alors que nous voyons dans la politique une cause, une justification et un objectif pour réaliser la trilogie « liberté, sécurité et dignité ».

Nous nous emploierons, depuis notre position, par des moyens pacifiques et légaux et selon nos méthodes de travail — par lesquelles nous avons toujours veillé à apporter une valeur ajoutée et des solutions, et à ne pas contribuer à compliquer la situation ni à menacer la sécurité, la stabilité et l'unité du pays —, nous nous emploierons à éveiller les consciences et à œuvrer pour que notre pays retrouve une vie politique saine, élevée et démocratique, digne de lui et des aspirations de notre peuple à un avenir meilleur. Nous entrerons, si Dieu le veut, avec nos propositions et nos solutions dans tous les foyers et dans toutes les institutions, afin de présenter aux Tunisiens ce que le populisme s'est efforcé d'encercler et d'occulter lors des « élections de l'exclusion ».

Nous ferons de chaque jour de l'année une épreuve comparative entre ce que propose — ou plutôt ce que « ne propose pas » — le populisme et les solutions que nous proposons à toutes les questions qui préoccupent les Tunisiens, en coopération et en solidarité avec tous ceux qui ont décidé de ne pas se résigner à l'échec, à l'impuissance et à la médiocrité.

Notre projet se poursuit, si Dieu le veut, et ni la machine de la répression et de l'intimidation ni les affaires fabriquées ne l'arrêteront. Nous avons, Dieu merci, ce que le populisme n'a pas : une vision civilisationnelle, un projet politique et un programme économique, social et de développement nouveau pour la Tunisie, dans lequel la Tunisie a sa place parmi les nations et l'individu la sienne, qui fonde un nouveau contrat social bâti sur la réconciliation entre le citoyen et l'État, ravive l'espoir et instaure une culture de la réussite, du travail et du mérite... Celui qui veut servir la Tunisie peut la servir depuis quelque position que ce soit, et pas nécessairement depuis le sommet du pouvoir.

Nous nous sommes engagés à lancer un programme de salut national qui, assurément, ne sera pas porté aujourd'hui depuis l'intérieur des appareils de l'État, mais à travers un réseau d'experts et de compétences tunisiennes... Nous voulons aider la jeunesse tunisienne à s'intégrer dans l'économie numérique, aider les petites entreprises à surmonter les difficultés, à nouer des partenariats et à tirer profit des expériences réussies ailleurs ; nous voulons aider les catégories vulnérables à faire face aux difficultés de la vie grâce à un programme d'entraide et de solidarité qui renforce l'esprit de solidarité et d'unité entre Tunisiens... Nous voulons fonder une conception nouvelle de l'action politique, qui ne repose pas seulement sur la quête du pouvoir, mais sur le service de l'intérêt général et du citoyen, depuis quelque position que ce soit...

Comme l'a dit le poète Mahmoud Darwich : « Nous avons sur notre terre de quoi œuvrer. »

Ce projet, nous pouvons le réaliser avec la contribution de chaque Tunisien désireux de bâtir la Tunisie de l'avenir, la Tunisie de la coexistence pacifique, la Tunisie solidaire, la Tunisie réconciliée avec son passé et son présent, la Tunisie tolérante qui fait place à tous les Tunisiens, quelles que soient leurs idées et leurs orientations...

Axe sociétal et citoyen : C'est lui qui constitue la toute première étape du salut. Quel que soit le degré de déception et de désillusion, nul ne peut, s'il a ce pays à cœur, s'arroger le rôle de spectateur face à une situation douloureuse qui empire et se complique chaque jour davantage... Et que gagnerons-nous à la fin du populisme si elle a pour prix un effondrement généralisé dont le pays souffrira pendant des générations ? Le populisme ne rendra pas les armes si le peuple rend les armes. La démission du peuple et la reddition de ses élites sont le meilleur cadeau que nous puissions offrir au populisme ; en revanche, le réveil du peuple, la contribution à la construction de la « société du devoir », la consécration de l'éthique du travail, la récompense du mérite et l'aspiration à une Tunisie meilleure sonnent le glas du populisme. Cela passera par l'encouragement des initiatives citoyennes libres, utiles au pays et à ses habitants, exemptes de toute instrumentalisation politique ou idéologique, et qui ne sauraient en aucun cas être rangées dans les récits d'« intelligence avec l'étranger, de trahison et de complot » que le populisme a coutume de déverser sur quiconque ne partage pas son avis (par exemple, et sans que cette liste soit exhaustive : améliorer les services de santé dans une région donnée, restaurer et entretenir les établissements scolaires, notamment dans les zones défavorisées, assurer le transport des élèves dans les localités isolées, réconforter et accompagner une ou plusieurs familles sinistrées, mener des campagnes de sensibilisation contre la violence dans les stades, encourager un comportement civique et responsable sur la route, lutter contre le harcèlement sur les lieux de travail, alerter sur les dangers du chantage et de la traite des êtres humains via les réseaux sociaux, ou prendre l'initiative de fournir des aides en nature à des familles dans le besoin...)

Individuelles ou collectives, destinées à des personnes, à des groupes ou à des institutions, matérielles ou de sensibilisation, ponctuelles ou durables, à l'intérieur du pays ou à l'étranger... ces initiatives, reliées par un fil conducteur prenant la forme d'un « label » portant le nom de « Wajibna », visent à :

  • Renforcer les défenses immunitaires du peuple contre le despotisme et le pouvoir absolu.
  • Contribuer collectivement à prévenir les risques d'un effondrement économique et social généralisé.
  • Multiplier les occasions qui unissent les Tunisiens et leur rappellent leur destin commun, en particulier lorsqu'il s'agit des constantes de la patrie.
  • Faire naître une conscience collective que le pays mérite mieux, que le populisme n'est pas une fatalité et que nous sommes tous dans le même bateau : s'il est sauvé, nous serons tous sauvés.

Cela se réalisera lorsque nous aurons compris que le populisme est une déviation de l'idée de peuple ; multiplier de telles actions sociétales et citoyennes est de nature à rendre au peuple sa parole et son initiative... Car chaque fois que le peuple parle, le populisme se tait.

Ces trois engagements (juridique et des droits, politique et économique, sociétal et citoyen), nous nous y tiendrons, si Dieu le veut, jusqu'à la réalisation d'un objectif dont ne profitera ni une personne en particulier, ni un groupe, ni un parti, ni une région, ni une partie étrangère, mais le peuple tunisien tout entier ; un objectif qui unit et ne divise pas, qui rassure et ne rebute pas, qui construit et ne démolit pas : l'organisation d'élections véritables, libres, transparentes et démocratiques, sans exclusion, auxquelles les Tunisiens participeront massivement et où ils choisiront les plus aptes à diriger le pays et à réaliser les aspirations de notre peuple à la sécurité, à la stabilité et à la prospérité.

Celui qui veut servir la Tunisie peut la servir depuis quelque position que ce soit, et pas nécessairement depuis le sommet du pouvoir.

Mondher Zenaidi« Wajibna » — Partie 230 juin 2025
Illustration : porte cloutée bleue de la médina ouverte sur une lanterne allumée, un rameau d'olivier sur le seuil.

Deuxième étape : « Le temps de la confiance »

Rétablir la confiance, réhabiliter et sécuriser la phase de transition.

Préambule :

Toutes les prévisions et toutes les analyses indiquent que le choc des Tunisiens sera grand lorsqu'ils découvriront l'ampleur des ravages que laissera derrière lui le système de l'impuissance et de l'échec après son départ... Une destruction organisée et continue qui n'a épargné aucun domaine vital. Gérer l'après-populisme ne sera pas aisé, et quiconque brigue le pouvoir doit être conscient qu'il se trouvera face à un état de dévastation sans précédent, qu'il n'y a pas de place pour les expériences hasardeuses, téméraires et périlleuses, et que le pays ne supportera pas un nouvel échec qui risquerait de tout emporter sur son passage.

La gestion de l'après-Kaïs Saïed doit nécessairement être efficace, rapide et ciblée. Une phase qui se prépare dès maintenant, afin que le pays s'engage dans le projet de réforme sans perdre de temps à tâtonner et à chercher des alternatives, et afin que le départ du populisme ne se transforme pas en une lutte effrénée autour des légitimités et en batailles d'influence et de positions dont notre pays paie encore le prix aujourd'hui.

De même que notre contribution sera importante et de qualité dans la phase du salut et de la fin du règne du populisme, nous ne nous déroberons pas à notre devoir dans la phase du rétablissement de la confiance et de la réforme, ni à la charge qu'il nous faudra assumer, quelle que soit la position que nous occuperons ; et nous œuvrerons à réunir toutes les conditions de réussite d'une nouvelle phase de transition que vivra le pays, en veillant à ce qu'elle soit, cette fois, un pont sûr par lequel nous passerons vers un avenir radieux, pour un pays que nous voulons stable, sûr et prospère.

La période de transition de l'après-populisme, nous envisageons de la répartir en deux phases, chacune atteignant des objectifs connus et précis qui conduiront le pays à bon port.

Phase du rétablissement de la confiance : par une série de mesures rapides visant à mettre fin, d'une part, aux injustices sociales et économiques et, d'autre part, aux injustices politiques et juridiques causées par le système de l'impuissance et de l'échec, dont de nombreux Tunisiens ont été victimes et dont ils ont payé le prix en pauvreté, en privations, en marginalisation, en chômage, en drames, en solutions désespérées et en prison... Car un pays ne peut se relever quand une grande partie de son peuple ne mange pas comme mangent les autres, n'a pas les mêmes chances de vivre dignement que les autres et ne jouit pas de sa liberté et de ses droits fondamentaux comme les autres. La phase des mesures urgentes, au cours des six premiers mois, est une phase nécessaire : au-delà de son caractère matériel, juridique et réglementaire, elle porte des dimensions symboliques, humaines et psychologiques qui aident à guérir de la maladie du despotisme et de la médiocrité et à se défaire de leurs séquelles directes et indirectes, afin que le Tunisien retrouve confiance dans le Tunisien, dans sa société, dans son élite, dans son État et dans les institutions de celui-ci.

Phase de réhabilitation et de sécurisation de la phase de transition : La plus impérieuse des missions qu'il nous faut accomplir sans tarder est de rendre l'espoir à notre peuple, dans toutes ses composantes et toutes ses catégories, de sorte que la « pensée positive » prenne la place du pessimisme et de la « pensée catastrophiste » ; viendra ensuite la phase des premières réformes, ciblant un ensemble de secteurs sensibles et vitaux... que l'on peut considérer, pour reprendre une autre métaphore médicale, comme une phase de « réhabilitation » grâce à laquelle notre économie retrouvera sa compétitivité, notre administration son efficacité, notre société sa vitalité, et l'individu tunisien son ambition et son envie d'entreprendre, d'essayer et d'investir... Une phase dont l'objectif est de rendre aux Tunisiens confiance en l'avenir.

Le programme que nous présentons aux Tunisiens, nous avons choisi de l'articuler en priorités, dont découle une série de mesures, les unes immédiates, les autres à prendre dans les premiers mois ou au cours des deux premières années de l'après-populisme.

Ce programme n'est pas un Coran révélé, ni une fatalité sociale, économique et politique ; c'est un effort de réflexion qui veut montrer aux Tunisiens que la médiocrité n'est pas leur lot, que l'échec inéluctable n'est pas leur destin et que l'impuissance n'est pas leur seule option... Un programme appelé à évoluer pour tenir compte de leurs besoins, en interaction avec les évolutions nationales et internationales et avec les exigences de la participation, que nous souhaitons large et riche, à cet effort national.

01Les priorités de l'après-populisme durant les deux premières années :

  • Priorité juridique et des droits : mettre en place la Cour constitutionnelle, consacrer le principe de la séparation des pouvoirs tout en préservant l'équilibre entre eux, rétablir la justice tunisienne dans sa dignité de pouvoir indépendant qui dit le droit et garantit la justice, libérer les prisonniers politiques et les opposants détenus pour leurs opinions, et abroger tous les décrets-lois et toutes les mesures arbitraires restreignant la liberté d'expression, de la presse et des médias.
  • Priorité économique et sociale : trouver des solutions urgentes pour les sources de financement public, relancer l'économie et améliorer la confiance dans le climat des affaires, encourager l'initiative et l'investissement extérieur et intérieur et stimuler les petites et moyennes entreprises pour atteindre une croissance durable, améliorer le niveau des services publics de manière à faciliter la vie des Tunisiens et à accroître la compétitivité de notre pays ainsi que la rentabilité du secteur touristique selon les standards internationaux, améliorer le service éducatif et offrir un enseignement de haute qualité qui respecte le principe de l'égalité des chances entre tous les enfants de la patrie, et rendre à l'enseignement sa place centrale au cœur des choix nationaux, améliorer la qualité des services de transport et passer à des moyens de transport sains et respectueux de l'environnement, assurer la sécurité sanitaire et les structures de soins, et en garantir à tous les Tunisiens l'accessibilité, l'acceptabilité et la qualité, combattre toutes les formes de corruption, d'économie de rente, de clientélisme et de favoritisme, annoncer un plan de protection pour lutter contre la pauvreté et le chômage, améliorer le pouvoir d'achat et réhabiliter les circuits de distribution de manière à garantir la disponibilité des produits de base, et traiter le phénomène migratoire depuis et vers notre pays, et en particulier, de toute urgence, endiguer l'hémorragie de l'émigration des jeunes du pays, de ses médecins, de ses ingénieurs et de ses compétences, qui sont la véritable richesse de la Tunisie.
  • Priorité politique : sécuriser la construction démocratique et reconstruire les institutions démocratiques de manière à prémunir définitivement notre société contre toute tentative de retour aux pratiques despotiques et au pouvoir absolu.
  • Priorité environnementale : qui tienne compte des graves répercussions du changement climatique sur la Tunisie et établisse un plan national d'urgence pour limiter la dégradation de l'environnement due à l'accumulation des ordures et des déchets dans tous les gouvernorats, diffuser une culture respectueuse de l'environnement et assurer la sécurité énergétique et hydrique de notre pays.
  • Priorité sociétale et culturelle : instaurer un « processus de réconciliation » entre les Tunisiennes et les Tunisiens, individus et institutions, et rompre avec les comportements de vengeance et d'exclusion et avec l'entretien des rancœurs entre les enfants d'un même peuple. Car, s'il faut respecter le droit à la différence garanti par la Constitution et par la loi, nous devons tenir compte du devoir d'apaisement, de l'unité des rangs et du rejet de la violence sous toutes ses formes pour faire face aux échéances intérieures et extérieures. Et cela ne peut se faire qu'en substituant à la culture de la médiocrité et de l'impuissance la culture du travail et de la récompense du mérite, en élevant le niveau du goût public, en soutenant l'économie de la culture, en encourageant les œuvres artistiques, littéraires et créatives, en rendant au domaine sportif la considération qui lui est due en matière de vision, d'encadrement et d'investissement, et surtout en misant davantage sur la jeunesse tunisienne, car c'est elle qui insufflera un esprit nouveau et l'espoir de la victoire dans la bataille de l'avenir.
  • Priorité souveraine et diplomatique : rétablir l'image du pays à l'étranger et la crédibilité de la position tunisienne sur l'ensemble des questions, ne pas marchander la souveraineté de la patrie ni ses constantes, et considérer les Tunisiens de l'étranger comme une partie intégrante de notre identité nationale : nul n'a le droit de mettre en doute leur loyauté envers la patrie, leur défense de sa souveraineté et leur soutien à ses côtés dans ses heures les plus sombres.

Nous avons tenu à traduire ces priorités en une série de mesures concrètes et urgentes et de réformes à court terme (urgent) et à moyen terme. Ces choix visent à répondre aux besoins du citoyen, marginalisé au cours des dernières années, et à lui rendre, ainsi qu'à notre État tunisien, son prestige.

Par ces propositions concrètes, nous visons à rétablir l'équilibre économique et à sauver les finances publiques au moyen d'un modèle efficace et viable, tout en ouvrant des perspectives de croissance et de développement. Les problèmes économiques et la dégradation du pouvoir d'achat du citoyen dont souffre la Tunisie sont la conséquence directe de l'accumulation de politiques économiques erronées et de la vision étroite des relations internationales stratégiques qu'a suivies le régime en place, ainsi que de l'absence de toute vision réelle ou de tout plan à long terme permettant à notre pays d'occuper une place de choix parmi les nations.

02Les premières mesures et réformes :

Les mesures urgentes pour rétablir la confiance : (réformes immédiates : mises en œuvre dans les premiers jours, les premières semaines et les premiers mois)

  • Amnistier tous les détenus condamnés dans des affaires d'opinion et des affaires politiques.
  • Constituer une commission d'experts en droit constitutionnel et de représentants de la société civile chargée de préparer les amendements constitutionnels nécessaires et de les soumettre aux Tunisiens ou à leurs représentants.
  • Abroger le décret-loi 54, qui restreint la liberté d'expression.
  • Mettre en place la Cour constitutionnelle.
  • Veiller à rétablir l'administration dans sa dignité et dans son rôle central au sein du projet de réforme et de salut, dans le cadre d'un programme de réforme global, réaliste et équitable.
  • Relever le salaire minimum à 600 dinars tunisiens et indexer les augmentations sur la hausse du coût de la vie — nourriture, boisson, santé, éducation, logement, transport et exigences d'une vie digne — ainsi que sur l'issue des négociations sociales.
  • Faire bénéficier les familles à revenu limité de crédits à la consommation à des conditions avantageuses, sans intérêts.
  • Réduire de 50 % les factures d'électricité et d'eau des familles à revenu limité.
  • Créer un fonds de solidarité nationale « Tunisie pour tous » et engager la mise en œuvre d'un plan national de lutte contre la pauvreté.
  • Relever le plafond de prise en charge de la Caisse nationale d'assurance maladie (proposition qui s'inscrit dans le cadre d'une réforme globale des caisses sociales à moyen terme).
  • Accélérer le paiement des sommes dues par la Caisse nationale d'assurance maladie à ses affiliés.
  • Créer, dans les hôpitaux de tous les gouvernorats, des services de consultation de gériatrie dédiés aux personnes âgées, afin de réduire leurs délais d'attente et de faciliter leur orientation vers d'autres spécialités.
  • Gratuité des manuels scolaires à tous les niveaux de l'enseignement primaire et secondaire, afin de réduire le taux d'abandon scolaire.
  • Assurer le transport scolaire dans les régions démunies ainsi que dans les zones rurales et isolées.
  • Assurer et organiser le transport des ouvrières agricoles et engager la mise en œuvre d'un plan qui mette définitivement fin à ce problème.
  • Lancer le programme « jeunes agriculteurs » pour apporter soutien et accompagnement aux jeunes porteurs de projets agricoles.
  • Lancer le programme temporaire de soutien aux agriculteurs, par la fourniture de fourrages, d'engrais et de médicaments à des prix préférentiels et l'ouverture de lignes de financement pour les agriculteurs.
  • Lancer un programme d'urgence de mise à niveau des circuits de distribution, de renforcement des dispositifs de contrôle, de numérisation du système de vente sur les marchés de gros et de réduction des taxes qui y sont perçues, afin de maîtriser les prix.
  • Augmenter de 50 % les bourses universitaires, élargir la base des bénéficiaires et accorder aux étudiants une année supplémentaire en résidence universitaire.
  • Créer un statut juridique particulier pour les travailleurs indépendants (freelances) et faciliter leur activité par l'application d'un impôt forfaitaire unique. Ce régime comprend également la possibilité d'ouvrir un compte en devises convertible, plafonné à 100 000 dinars par an.
  • Prendre des mesures urgentes pour sauver l'écosystème des atteintes qu'il subit sur terre, en mer et dans les airs, dans le cadre de la consécration du droit du citoyen à un environnement sain et du devoir de le préserver.
  • Lancer un dialogue national de la jeunesse pour rétablir la confiance et prendre connaissance de ses priorités.
  • Réactiver le rôle des organisations et instances nationales, des institutions intermédiaires et du tissu social (Union générale tunisienne du travail, organisation patronale, syndicats étudiants, ordres professionnels…) dans le cadre d'une approche participative et interactive qui respecte les limites des compétences et l'indépendance de chacun.

Programme de réhabilitation (mis en œuvre sur deux ans) :

Rétablir l'équilibre économique et renforcer les filets de protection sociale :

  • Concevoir les politiques budgétaires et monétaires appropriées et les réformes structurelles nécessaires en coopération avec le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, dans le cadre d'un programme de réformes s'étendant sur trois ans avec l'appui des partenaires internationaux.
  • Concevoir un programme de réformes parallèle, coordonné avec le programme du Fonds monétaire international dans le cadre d'un plan de développement, afin de bâtir un modèle de développement inclusif et intégrateur, capable de créer des emplois pour tous les types de main-d'œuvre, fondé sur les principes d'efficacité économique, de justice sociale et de durabilité, capable d'atteindre des niveaux élevés de croissance, de développement et de bien-être social, et reposant sur :

Le principe d'efficacité économique, par :

  • L'amélioration du climat des affaires et de la compétitivité, et le passage d'une économie de rente à une économie de concurrence.
  • L'assainissement du climat de l'investissement et la levée des obstacles administratifs.
  • L'activation du rôle du système bancaire, de la Caisse des dépôts et consignations et de la Caisse de prêts et de soutien des collectivités locales, afin d'orienter leurs efforts et leurs programmes vers le financement du développement dans les régions et l'accompagnement des projets destinés aux jeunes et aux petites et moyennes entreprises.
  • L'orientation de l'investissement vers des secteurs à priorité souveraine et à forte valeur ajoutée, tels que les nouvelles technologies et l'intelligence artificielle, les applications d'apprentissage et de divertissement, l'industrie pharmaceutique, la fabrication de composants automobiles et aéronautiques…
  • L'élaboration d'un plan intégré de relance du secteur de la promotion immobilière.
  • L'encouragement à l'utilisation des énergies renouvelables dans les entreprises et chez les particuliers, au moyen d'incitations financières et fiscales.
  • L'amélioration des pratiques de gouvernance dans le secteur minier, l'adoption d'une politique ambitieuse de mise à niveau industrielle des entreprises et établissements publics opérant dans le domaine de l'énergie et des hydrocarbures, et l'inscription de l'efficacité énergétique parmi les priorités nationales.
  • La réponse au déficit croissant du secteur de l'énergie, dû à l'augmentation de la demande et à l'épuisement des réserves, en soutenant la rationalisation de la consommation d'énergie, en encourageant l'utilisation des énergies renouvelables dans les différents domaines économiques et en relançant le secteur minier par une politique orientée vers l'investissement.
  • L'application d'un impôt forfaitaire dans les secteurs stratégiques et prometteurs pour la Tunisie, tels que les nouvelles technologies, l'environnement ou l'énergie, afin d'attirer les investissements et d'encourager l'entrepreneuriat dans ces domaines (flat tax).
  • Le renforcement de l'attractivité de la Tunisie comme pôle régional du tourisme de santé et du tourisme culturel ainsi que de l'enseignement supérieur (restructuration des établissements touristiques, plan de traitement de l'endettement du secteur et promotion des programmes de formation et de promotion commerciale).
  • Le développement de l'investissement agricole et l'action en faveur de la sécurité alimentaire.
  • La création d'écosystèmes économiques régionaux valorisant les potentialités de chaque région, dans le cadre d'un positionnement régional et international permettant d'exploiter les domaines à forte compétitivité.
  • L'endiguement de l'économie parallèle.

Le principe de justice sociale, pour améliorer les conditions de vie du citoyen et l'égalité des chances entre les catégories et entre les régions, par :

  • La révision du système numérique des transferts sociaux et sa rationalisation en fonction des besoins des catégories ciblées.
  • Le lancement d'un programme national de soutien et d'accompagnement des catégories vulnérables et des personnes à besoins spécifiques.
  • Le soutien au système de formation continue et de promotion professionnelle pour développer les compétences et les savoir-faire.
  • Une réforme globale du système de sécurité sociale pour en assurer la pérennité et en améliorer les services.
  • La poursuite du soutien à la politique contractuelle, ainsi que la révision des conventions collectives sectorielles et l'élargissement de leur champ, en adéquation avec les évolutions du domaine économique.
  • La mise en place d'un cadre institutionnel et législatif du dialogue social permettant d'assurer la continuité de la concertation et de la coordination, de manière à garantir un climat social sain.
  • Le soutien au système de médecine du travail et son développement, ainsi que la diffusion d'une culture de la sécurité au travail.
  • L'amélioration de la qualité des services des administrations locales et régionales des affaires sociales par le renforcement d'un partenariat actif avec la société civile.
  • L'amélioration du taux de couverture en travailleurs sociaux de terrain, conformément aux normes internationales.
  • La mise en place de mécanismes d'insertion économique des familles nécessiteuses, visant à réduire le taux d'extrême pauvreté et à permettre une sortie sécurisée des programmes d'aide sociale d'urgence.
  • La création de nouveaux mécanismes de politique sociale reposant sur les financements que peuvent apporter les différents partenaires sociaux, dans le cadre d'un modèle économique solidaire et participatif.
  • La réduction du déficit des caisses sociales, qui menace désormais la stabilité du système de protection sociale, et de la privation de la majorité des Tunisiens du droit à la couverture sociale, laquelle ne dépasse pas 42 % de l'ensemble de la population, au moyen d'une approche globale et intégrée : une politique de relance économique visant à relever le taux de croissance, à améliorer le niveau de l'emploi et à dégager de nouvelles ressources, l'élargissement de la base des cotisants (intégration progressive et conditionnelle du secteur informel), l'amélioration des services électroniques et la numérisation de la caisse de sécurité sociale, la révision des politiques sociales et financières de manière à concilier la nécessaire rationalisation de la dépense publique et la prise en charge des catégories vulnérables.
  • La création d'un Conseil supérieur des migrations, qui serait l'instance de régulation suprême chargée de gérer le dossier migratoire dans une perspective stratégique.
  • La mise en place d'un plan de communication efficace pour jeter des ponts avec les membres de la communauté tunisienne dans tous les pays d'émigration et leur ouvrir l'accès à toutes les opportunités que leur pays offre à ses enfants, à l'intérieur comme à l'extérieur, dans tous les domaines (études, emploi, investissement, culture, action politique et civique...).

La réalisation de ces objectifs exige un ensemble de réformes structurelles nécessaires au cours des 24 premiers mois, afin d'accroître l'efficacité et la compétitivité de l'économie, parmi lesquelles :

  1. la réforme du système fiscal,
  2. la réforme du système de l'investissement et de l'exportation,
  3. la réforme du système bancaire,
  4. la réforme du système de compensation,
  5. la réforme du système de couverture sociale,
  6. la réforme du système de formation des ressources humaines,
  7. la réforme des entreprises publiques,
  8. la réforme administrative,
  9. la restructuration du tissu des entreprises industrielles,
  10. la restructuration des secteurs du tourisme et de l'artisanat,
  11. la réforme agraire globale.

Donner la priorité à la réforme du système éducatif, du secteur de la santé, des transports et du changement climatique :

  • Lancer un programme de développement du système des cursus d'enseignement, de qualification et de formation, et mettre en place le cadre institutionnel garantissant sa pérennité et l'extension de son application aux différentes catégories de métiers, en adéquation avec les exigences du marché du travail.
  • Renforcer le budget alloué à la recherche scientifique.
  • Revaloriser la place de la formation professionnelle et inciter les jeunes talentueux à s'y engager.
  • Réformer le secteur de la santé et améliorer les conditions de travail du personnel médical et paramédical.
  • Augmenter le nombre de centres hospitalo-universitaires.
  • Créer des pôles de transport multimodal garantissant la fluidité, la rapidité et le faible coût du transport des marchandises.
  • Moderniser le réseau ferroviaire reliant le Nord au Sud, le Sahel aux gouvernorats de l'intérieur et aux capitales maghrébines.
  • Moderniser et développer les aéroports et les ports, et créer des zones logistiques sur des sites stratégiques garantissant la fluidité du transport des marchandises et des voyageurs.
  • Élaborer une vision nouvelle du transport public collectif dans les grandes villes et dans les régions de l'intérieur, qui garantisse l'inclusion et l'intégration du secteur et de ses usagers et repose sur le partenariat entre les secteurs privé et public.
  • Lancer la stratégie nationale de lutte contre le changement climatique et de sécurité énergétique et hydrique.
  • Mettre en place un système efficace de recyclage et de collecte des déchets grâce à des partenariats entre les secteurs public et privé.
  • Appliquer des sanctions sévères à l'encontre de quiconque ne respecte pas l'environnement et jette ses déchets de manière irresponsable.
  • Lancer un programme national de reboisement pour faire revivre nos terres et renforcer nos villes et nos forêts.
  • Mettre en place un programme d'urgence pour réduire la pollution des mers et des plages tunisiennes, en coopération avec les organismes internationaux spécialisés.
  • Élaborer un plan national global de traitement du phénomène des animaux errants, tels que les chiens et les chats livrés à eux-mêmes, comprenant des campagnes de vaccination et de stérilisation, la création de refuges, l'interdiction de l'abattage aveugle et l'adoption de lois claires contre la torture et la maltraitance des animaux. Des mesures qui répondent à une demande sociale croissante émanant de larges catégories de citoyens, compte tenu de leur importance sur les plans sanitaire (réduction des maladies telles que la rage), environnemental (préservation de l'équilibre écologique dans les villes) et humain (promotion des valeurs de compassion et de coexistence)...
  • Mettre en œuvre un vaste programme d'investissement, en coopération avec le secteur privé et les partenaires internationaux, visant à moderniser les équipements et à mettre fin aux fuites d'eau.
  • Créer une base de données sur la consommation et la qualité de l'eau et engager un audit global des ressources en eau de notre pays.

Reprendre les relations et un dialogue constructif avec les institutions financières internationales et les amis historiques de la Tunisie :

  • Reprendre les discussions avec le Fonds monétaire international et les institutions financières mondiales afin d'assurer le flux des investissements extérieurs, de rétablir la confiance dans l'économie tunisienne et de réaliser les grands projets dans les régions.
  • Repenser la politique étrangère de notre pays et adopter une politique active, proactive, rationnelle et souveraine, afin d'élargir le champ de notre présence et de notre influence aux niveaux régional et international. Une politique étrangère multidimensionnelle, qui tienne compte des choix géopolitiques, stratégiques, économiques et culturels de la Tunisie et garantisse la réalisation des intérêts nationaux à court, moyen et long terme.
  • Préserver la souveraineté nationale du pays et soutenir sa voie démocratique, réaliser son développement durable et global, et adopter une politique étrangère fondée sur la parité et le respect des constantes et des intérêts nationaux, et œuvrer à consacrer son rayonnement durable et son interaction forte avec son environnement maghrébin, arabe, africain, méditerranéen et européen, et international en général, afin que la Tunisie demeure le phare de la Méditerranée et un soutien des causes de la paix et de la justice dans le monde, au premier rang desquelles la cause du peuple palestinien, pour la récupération de sa terre occupée et son droit à l'autodétermination.
  • Faire de la diplomatie économique une constante de la politique étrangère de notre pays, en renforçant le rôle des missions diplomatiques dans l'attraction des investissements étrangers, la promotion du climat d'investissement et des opportunités d'investissement disponibles, le soutien aux efforts de promotion des exportations tunisiennes, le renforcement de la compétitivité de nos produits nationaux et l'ouverture de nouveaux marchés pour ceux-ci. Améliorer le niveau d'accompagnement, de prise en charge et de services offerts aux Tunisiens de l'étranger, de manière à améliorer leurs conditions de séjour à l'étranger et à réunir les conditions d'un retour sûr et serein dans leur pays, et les considérer comme une partie intégrante des constantes nationales et un élément déterminant pour le redressement de notre économie nationale, le développement des richesses de notre pays et l'amélioration de son image à l'étranger.
  • Développer l'action diplomatique et tirer parti de la position stratégique de la Tunisie pour en faire progressivement une plateforme, un centre économique et logistique régional.
  • Consolider la position de la Tunisie comme partenaire privilégié de l'Union européenne et faire évoluer ce partenariat pour le rendre égalitaire, équitable et favorable à l'économie tunisienne.
  • Élargir le cercle des partenariats économiques et commerciaux sur la base de la diversité et de la rentabilité, notamment dans l'environnement maghrébin, arabe et africain, et investir, en particulier, dans l'essor économique du monde arabe.
  • Raviver les relations avec les partenaires internationaux, notamment les pays amis, afin d'ouvrir de nouvelles perspectives à la Tunisie à l'étranger.
  • Œuvrer à la récupération des avoirs spoliés de la collectivité nationale se trouvant à l'étranger, en activant les voies juridiques, internationales et diplomatiques appropriées.
  • S'agissant du dossier épineux des migrations, une approche participative et globale sera proposée, qui dépasse la dimension strictement sécuritaire et prenne en compte, avant tout, la protection de la patrie et la protection de la communauté tunisienne contre toute prise pour cible, ainsi que les dimensions diplomatiques, économiques et humaines de ce phénomène, de manière à respecter les intérêts de tous et à préserver la dignité de nos enfants.

Lutter contre la corruption et développer la gouvernance :

  • Numériser la justice et moderniser la gestion du service public de la justice à l'ère de la transformation numérique, afin d'améliorer le fonctionnement de l'activité judiciaire, de gagner en efficacité dans la prestation des services juridiques et d'atténuer l'engorgement des tribunaux. Le système judiciaire a besoin de réformes profondes qui consacrent la justice comme un service public proche du citoyen, garantissent la transparence et l'intégrité de l'action judiciaire, renforcent la confiance dans les institutions de l'État et contribuent à ancrer les valeurs du droit et de la justice.
  • Réviser la législation afin de fixer des délais maximaux pour statuer dans les affaires de corruption.
  • Renforcer les capacités du service public de la justice et accroître les moyens humains, matériels et technologiques du pôle judiciaire économique et financier.
  • Regrouper les corps de contrôle au sein d'une structure centrale et renforcer ses capacités, tout en maintenant des unités d'audit interne dans les ministères.
  • Simplifier les procédures douanières et renforcer leur transparence.
  • Achever la numérisation du système interne des ports et poursuivre leur mise à niveau conformément aux normes internationales.
  • Tirer parti de la transformation numérique pour lancer un vaste projet d'aménagement urbain et périurbain, qui passe nécessairement par un cadastre garantissant et délimitant les droits fonciers de manière claire et précise, atténue les phénomènes de surpopulation, de commerce informel et de pollution, et contribue à améliorer le niveau des services et à gérer plus efficacement les ressources.
Illustration : nouveau pont de pierre achevé sur un oued près d'une ville tunisienne, échafaudage démonté au matin.

Troisième étape : « Le temps des réformes structurelles et stratégiques »

Le projet de réforme « Wajibna » :

Préoccupés par l'effondrement généralisé dans lequel a sombré le pays et par un découragement sans précédent, devenu plus aigu et plus âpre depuis que le populisme a privé les Tunisiens de la possibilité d'améliorer leur situation par la voie démocratique ; convaincus de la nécessité de mettre à profit, de manière positive, tous les acquis de l'indépendance, les réalisations de l'État national et la révolution de la liberté et de la dignité ; désireux de contribuer à la reconstruction du régime républicain pluraliste, dont le système de l'impuissance, de la médiocrité et de l'échec a sapé les fondements ; et fidèles au choix du salut et de la réforme autour duquel nous nous sommes réunis depuis des mois avec un groupe de personnalités nationales, des jeunes à l'ambition ardente et à la haute compétence, et des représentants des forces vives du pays, nous présentons par la présente un programme, nouvelle étape vers l'instauration d'un dialogue approfondi et global entre nous et avec toutes celles et tous ceux qui réagissent positivement à notre démarche, en vue de rassembler les Tunisiennes et les Tunisiens autour de choix de développement et de perspectives politiques alternatives à l'état de misère, de découragement, d'effondrement et de division dans lequel le pays a sombré sous le règne de l'inconséquence, de la médiocrité et du despotisme.

Nous nous adressons à eux et les invitons à s'engager effectivement dans cette initiative et à veiller à en élargir la portée, afin qu'elle s'ouvre à toutes les compétences et à toutes les forces nationales, aux niveaux local, régional et national ainsi qu'à l'étranger, dans un esprit de solidarité et de refondation du consensus national contre les dangers du despotisme et de l'inconséquence, conformément aux principes, et en vue de la réalisation des objectifs fondamentaux et fédérateurs suivants :

  • Notre profond sentiment de pleine responsabilité, avec toutes les forces politiques, sociales et culturelles, les mouvements de jeunesse et les mouvements écologistes et les organisations de la société civile en général, à l'égard du présent et de l'avenir de la Tunisie, et notre détermination à contribuer activement à relever les défis auxquels elle est confrontée sur les plans politique et du développement, et à défendre les acquis de l'indépendance et de la construction de l'État national ainsi que les succès que celui-ci a apportés à la Tunisie sur la voie du développement et de la modernité.
  • Travailler avec toutes les forces agissantes et plurielles, sans exclusion ni marginalisation, au service de l'intérêt du pays et dans la défense acharnée de ses fondements civilisationnels, démocratiques et de développement, qui rassemblent toutes ses citoyennes et tous ses citoyens, afin d'ancrer le premier acquis stratégique de notre pays, à savoir son unité nationale, et œuvrer à mettre cette unité nationale à profit, de manière positive, pour soutenir et protéger le climat de pluralisme que connaît notre pays et pour consacrer des méthodes efficaces de gestion des différences et une conduite rigoureuse des institutions démocratiques, de sorte que développement et démocratie interagissent comme les mécanismes essentiels du bien-être de notre peuple.
  • Œuvrer à réunir toutes les conditions de l'indépendance de la justice en tant que pouvoir à part entière, à répandre l'équité et à rendre la justice, à rejeter la violence, la haine et la rancune ; veiller à répandre la paix dans le pays et à élargir le champ de la lutte contre toutes les formes de criminalité et d'atteinte aux personnes et aux biens, et répandre la quiétude dans toutes les contrées du pays, afin que la sécurité demeure toujours une marque tunisienne qui contribue à garantir les droits des individus et des groupes, à appliquer les lois et à exécuter les décisions de justice, à attirer l'investissement, à développer le tourisme et à répandre la paix civile.
  • L'attachement au régime républicain et à l'État civil, le souci constant de la primauté du droit et du respect des droits de l'homme, comme méthode et comme pratique, et la consécration de la notion de citoyenneté comme pilier essentiel de la démocratie, laquelle ne peut réussir et se développer au sein de la société qu'en réunissant le socle culturel, social, économique et environnemental qui allie la liberté et le développement, la jouissance des droits et l'accomplissement des devoirs.
  • Faire évoluer le sens de la démocratie, afin qu'elle ne reste pas cantonnée aux urnes, malgré leur importance, et qu'elle ne soit ni dévoyée ni confisquée comme c'est le cas aujourd'hui sous le règne du populisme despotique, et faire de la démocratie une valeur globale fondée sur la notion de citoyen et sur les valeurs de la citoyenneté, sur le sentiment d'appartenance à la patrie et sur l'imprégnation des valeurs de la vie commune.
  • La ferme conviction qu'il faut approfondir une réconciliation nationale globale entre les institutions de l'État et les citoyens, entre les forces politiques et les courants de pensée, et entre les différentes régions et catégories, afin de créer le climat d'une réforme radicale et globale, permettant de définir les trajectoires politiques et de développement capables de s'enraciner dans notre réalité, loin des modèles plaqués et des diktats, et des politiques d'alliances et d'axes, pour protéger notre décision nationale souveraine et interagir positivement avec notre environnement international, de manière à réaliser les espoirs de notre peuple en matière de progrès et de liberté.
  • Œuvrer à approfondir notre appartenance arabo-musulmane et l'ouverture aux civilisations humaines, veiller toujours à répandre la culture de la tolérance, de la modération et du juste milieu, développer l'esprit de création, investir dans une vie culturelle avancée et porteuse de sens, et veiller au développement du projet culturel national du pays, comme socle de soutien aux capacités humaines et comme levier du rayonnement de la Tunisie et garant de son éclat. Une culture florissante et des médias libres sont les deux phares de la société et ses deux piliers pour gagner la bataille du développement dans toutes ses composantes.
  • Approfondir le sentiment que la réalisation de notre espoir pour la Tunisie exige d'abord d'enraciner le sentiment de nos devoirs envers elle, surtout en cette période délicate, ce qui requiert, immédiatement et avec une volonté forte, l'adoption de nouvelles trajectoires politiques et de développement capables de dessiner les contours d'une nouvelle étape historique, comparable par son importance aux étapes de l'indépendance, de la construction de l'État national et de la révolution de la liberté et de la dignité, et visant à ouvrir des perspectives à notre jeunesse pour garantir l'avenir du pays, assurer son destin et intégrer toutes ses régions dans sa marche, dans le cadre d'un renouvellement des politiques de développement, d'une diversification de leurs mécanismes, et de la consécration de l'approche participative et inclusive et de la récompense du mérite dans le traitement de ses questions, afin que la Tunisienne et le Tunisien, où qu'ils soient, à l'intérieur ou à l'étranger, dans les régions côtières ou intérieures, dans les villes ou dans les campagnes, soient des producteurs actifs de richesse, qui y participent et en partagent les fruits.
  • Centrer le modèle de développement sur la compétence des ressources humaines tunisiennes, jeunes, et œuvrer à les développer et à affiner leurs talents et leurs capacités au sein d'un système éducatif et de formation moderne qui contribue à couvrir les besoins du pays en un capital humain riche. Ce modèle garantit également l'interaction entre les secteurs de services modernes et performants, fondés sur les nouvelles technologies et l'intelligence artificielle, et les activités productives de base, industrielles et agricoles, dans les villes côtières et intérieures du pays, ainsi qu'avec les contributions participatives de l'économie solidaire et les nouvelles perspectives des métiers de l'environnement et de l'économie verte. Ce modèle fonde aussi une nouvelle génération de jeunes instruits et ambitieux, qui ont puisé le savoir dans les centres de recherche et de formation et sont devenus capables de créer de nouvelles perspectives d'emploi grâce au développement de l'initiative économique et à la conquête des marchés intérieurs et extérieurs.
  • Œuvrer à faire de l'emploi un objectif central du développement et un élément essentiel dans le choix des politiques éducatives, de formation, économiques et sociales. La croissance économique est une condition essentielle de la création d'emplois pour les jeunes, mais elle n'est pas suffisante : elle exige en outre de s'appuyer sur les activités et les secteurs qui emploient le plus de ressources humaines, en particulier de diplômés de l'enseignement supérieur, ainsi qu'une politique de formation capable de revaloriser les métiers et les spécialités techniques à forte valeur ajoutée pour tous les jeunes, garçons et filles, à tous les niveaux, et une politique de l'emploi active, efficace et transparente. La réforme radicale des systèmes d'éducation et de formation, l'ouverture de perspectives pour les jeunes, la revalorisation des métiers et la diffusion d'une culture du travail permettront assurément de gagner la bataille de l'emploi et de combattre le chômage et l'emploi précaire, en exploitant toutes les énergies et toutes les opportunités disponibles dans les systèmes de production, en incitant et en encourageant les actifs à créer de nouvelles entreprises et à diversifier les activités économiques, et en s'ouvrant aux gisements d'emploi à l'étranger dans le cadre de politiques de coopération qui tiennent compte de l'intérêt du pays et ouvrent la voie à la mobilité des ressources humaines, des marchandises et des entreprises à la fois.
  • Poser les fondements de la société de l'information et de l'économie de la connaissance, et diffuser la culture scientifique, afin qu'elles soient le socle du développement de l'économie numérique, pour que celle-ci soit adoptée dans tous les secteurs du développement comme locomotive pour gagner la bataille de l'efficacité économique et de la concurrence régionale et internationale ; c'est pourquoi nous appelons à prévoir des incitations spécifiques dans tous les domaines de la production pour développer les techniques, introduire les technologies et recourir à l'intelligence artificielle afin de moderniser la structure économique dans toutes les activités agricoles, industrielles et de services.
  • Œuvrer à soutenir les espaces de développement régionaux et locaux et à mettre en place des mécanismes novateurs pour développer la déconcentration et la décentralisation, dans le cadre d'une politique de développement inclusive qui s'appuie sur la mobilisation de tous les gisements de croissance et sur le développement des services de proximité, et qui instaure des mécanismes modernes permettant l'interaction des pôles et des secteurs de croissance. Veiller au développement des collectivités locales, soutenir l'administration municipale et protéger son autonomie, afin de garantir la continuité des affaires de l'État dans la justice et la transparence dans le traitement des affaires des habitants, quels que soient les partis et les forces politiques représentés dans les conseils municipaux.
  • Adopter une politique commerciale volontariste et une politique de réforme efficace du secteur des transports et de la logistique en général, afin d'ouvrir les marchés aux marchandises, à l'expertise et aux investissements tunisiens, d'instaurer des mécanismes encourageant la conquête et la diversification de ces marchés aux niveaux régional et international, et de reconnaître que l'État, les organisations professionnelles et les structures spécialisées doivent faire de la promotion de la production tunisienne une locomotive tirant le développement de l'appareil productif et l'investissement. Car, dans le monde d'aujourd'hui, les structures et les entreprises de production aspirent à vendre leurs produits avant même de les produire. La conquête des marchés, l'élargissement des espaces commerciaux et le développement des accords d'échange avec les différents espaces de développement dans le monde, au profit du produit tunisien, sont une locomotive essentielle de la croissance économique.
  • Adopter une politique fiscale qui stimule le développement et l'investissement, en élargissant son assiette, en simplifiant ses mécanismes, en garantissant la transparence de sa mise en œuvre et en l'adossant davantage au profit et à la création de richesse, afin qu'elle s'applique à tous les producteurs de richesse et à tous les actifs dans tous les secteurs, chacun selon la spécificité de son activité. La fiscalité est un instrument du développement national et local et un système de régulation de la répartition des richesses et d'incitation à la production et au profit ; elle concerne tous les acteurs économiques et tous les citoyens, quelles que soient leurs catégories et leurs positions dans la production, et elle ne saurait être conçue comme une sanction infligée aux producteurs ou aux acteurs économiques inscrits dans le système de production formel.
  • Adopter une stratégie énergétique nationale pour soutenir et faire réussir la transition énergétique et le développement durable dans notre pays, de manière à en tirer d'importants bénéfices économiques, sociaux et environnementaux (notamment la réduction des émissions de carbone), à réunir les conditions et les garanties de la sécurité énergétique de la Tunisie et à renforcer sa souveraineté énergétique.
  • Mener d'importantes initiatives d'adaptation aux changements climatiques et participer activement au processus international en la matière, et adopter une politique des énergies alternatives mise au service du nouveau modèle de développement et portant sur les deux projets nationaux relatifs au dessalement de l'eau de mer dans les régions côtières et au développement de l'exploitation de l'énergie solaire dans les différentes régions intérieures, en particulier le Sud et le Centre, afin de développer l'agriculture irriguée et de soutenir les zones agricoles pour qu'elles deviennent un pilier du développement agricole et des industries agroalimentaires de transformation.
  • Poser les fondements de la justice sociale entre les catégories et les régions de la Tunisie, soutenir son système de santé, en matière de recherche, de prévention et de soins, dans toutes les régions de la République, ouvrir des perspectives d'ascension à sa jeunesse et veiller à assurer une vie digne à tous les enfants de son peuple, dans le cadre d'une solidarité nationale agissante qui combat la pauvreté et l'exclusion et protège la personne humaine, selon une approche globale fondée sur les droits humains et dans une orientation ambitieuse d'amélioration de la qualité de vie des citoyens.
  • Protéger les acquis du Code du statut personnel et œuvrer à faire évoluer davantage ses dispositions ainsi que toutes les autres législations, en adéquation avec les exigences de l'époque et de la modernité, de manière à réaliser une égalité plus juste et plus complète dans les droits et les devoirs entre les hommes et les femmes, tout en développant les mécanismes de discrimination positive afin de permettre aux compétences et aux capacités féminines, dans tous les domaines, de contribuer activement au développement du pays, notamment par la parité dans la participation politique, dans l'activité économique, dans l'entrepreneuriat et la conduite de projets, dans l'accès à la gestion des affaires publiques et dans une présence affirmée dans les espaces publics.
  • Adopter une politique de la jeunesse renouvelée qui garantisse la pleine intégration de cette catégorie dans une interaction horizontale et une action commune entre les différentes générations et les différentes compétences, qui rompe avec la vision de l'alternance dans son acception catégorielle, et veiller à soutenir le secteur sportif sous toutes ses formes (sport individuel, collectif, féminin, handisport, en salle et en plein air), afin que la Tunisie retrouve son rayonnement et son éclat sur les scènes régionale et internationale et que le sport joue son rôle de premier plan dans l'éducation des générations aux valeurs de l'effort, du don de soi et du dévouement.
  • Soutenir les personnes à besoins spécifiques et tendre la main à tous ceux que la vie n'a pas épargnés, l'État assumant sa responsabilité à travers une institution nationale de l'action sociale, afin d'adopter des politiques d'entraide et de solidarité et de protéger toutes les catégories vulnérables et démunies, quels qu'en soient les causes et les facteurs, dans le cadre d'une approche humaine et fédératrice. Veiller à soutenir toutes les structures et tous les mécanismes spécialisés dans la lutte contre les fléaux sociaux qui se répandent dans la société, tels que l'addiction, la traite des êtres humains, la violence à l'égard des femmes, le harcèlement sexuel et le harcèlement moral, et adopter des politiques intégrées de prévention et de traitement, afin que les familles tunisiennes ne restent pas seules face à ces fléaux.
  • Dans le cadre du programme de la stratégie nationale de lutte contre la pauvreté : moderniser les méthodes utilisées pour mesurer la pauvreté et en fixer les seuils, compte tenu de la hausse du coût de la vie, des répercussions de la conjoncture internationale instable et des nombreux aléas de la vie ; à l'aide des moyens techniques les plus récents, une liste des familles pauvres et à revenu limité sera établie, révisée et actualisée de manière automatique et continue. L'État garantit à ces familles, de manière claire, automatique et continue, cinq droits fondamentaux : le droit à l'alimentation, aux soins, à l'éducation, au logement et à la mobilité. Pour s'assurer de la régularité des dossiers, aider ces familles à bénéficier de ces droits et les accompagner dans leur démarche de sortie de la pauvreté, une nouvelle fonction sera créée, celle d'« accompagnateurs sociaux », chargés d'encadrer les catégories vulnérables de la société et de leur garantir l'accès aux aides et aux services nécessaires. L'accompagnateur social joue le rôle d'intermédiaire entre les familles placées sous sa responsabilité et les services publics et institutions de l'État, et assure une « intervention rapide » dans les situations urgentes et problématiques (maladie, perte d'emploi, décès...) ; il remplit aussi un rôle d'orientation, de conseil et d'aide à la décision pour améliorer la situation de la famille et lui permettre de gagner son autonomie.
  • Œuvrer à adopter une culture, une politique et des mécanismes capables de consacrer la transparence dans toutes les transactions, tous les programmes et toutes les institutions, de combattre radicalement la corruption sous toutes ses formes, et de diffuser les principes de la bonne gouvernance et la culture du suivi, du contrôle, de l'évaluation et de la reddition de comptes, afin que la justice soit le fondement de la civilisation, et le travail et l'effort le fondement de la réussite.
  • Réorienter la politique étrangère de la Tunisie : en œuvrant à ce que notre pays retrouve sa place naturelle dans son environnement régional et international, par la consolidation du front intérieur et la conduite d'une politique étrangère réaliste et équilibrée, qui mette à profit son capital historique et son savoir-faire en matière de modération, de neutralité positive, de médiation fructueuse, de capacité d'initiative et d'anticipation, et de proposition de solutions aux crises actuelles, afin de défendre la souveraineté nationale, d'épauler les politiques de développement de l'État et de consolider les ponts du dialogue et du partenariat avec les pays frères et amis, sur la base du respect mutuel et de l'intérêt commun, loin des invectives idéologiques et populistes et des positions conflictuelles et crispées.

Cette démarche réformatrice exige avant tout une vaste action diplomatique, au plus haut niveau, pour rendre chaleur et équilibre aux relations bilatérales et multilatérales de la Tunisie, réparer celles qui ont été endommagées, regagner la confiance de nos amis et de nos partenaires internationaux dans la capacité de notre pays à se relever et à relever tous les défis, et assainir l'atmosphère de tout ce qui l'entache, de manière à garantir la reprise du dialogue, à retrouver la dynamique de la coopération, à ouvrir de larges perspectives à l'investissement et à renforcer les partenariats internationaux dans les différents domaines.

L'ensemble du système de coopération internationale de l'État tunisien sera également révisé, notamment dans les domaines de l'investissement, de l'exportation, du tourisme et de la coopération financière, technique et scientifique, et une véritable diplomatie économique sera instaurée, de manière à la rendre capable de faire face aux défis et de répondre aux différents enjeux nationaux ; cela exige essentiellement d'unifier les efforts de l'État selon une vision nationale qui rompe avec les politiques sectorielles qui ont caractérisé l'action des gouvernements tunisiens pendant des décennies, dispersant les efforts et épuisant les ressources humaines et matérielles.

Face aux grands enjeux d'aujourd'hui, nous avons plus que jamais besoin d'élever l'action diplomatique en termes d'organisation, de performance et de moyens, afin qu'elle soit en mesure de concrétiser les orientations de la politique étrangère, à partir d'une fidélité totale aux composantes de l'identité arabo-musulmane de la Tunisie et aux exigences de ses appartenances maghrébine, arabe, africaine et méditerranéenne, de ses relations historiques et civilisationnelles et du rôle de poids dont elle jouit dans son environnement immédiat.

Il faut aussi réconcilier la Tunisie avec son environnement africain et fonder une véritable politique africaine qui retrouve le capital de confiance dont nous jouissions dans les années soixante et soixante-dix du siècle dernier, par l'échange de visites et le tissage d'amitiés au plus haut niveau, la reprise de la concertation politique et de la coopération économique, médicale et technique, la rupture de l'isolement par des visites dans les pays d'Afrique subsaharienne après une absence de longues années, et une participation régulière aux sommets africains, dont la Tunisie a été constamment absente.

L'État tunisien est par ailleurs appelé aujourd'hui à épauler les efforts du secteur privé et à l'accompagner en Afrique, en élargissant le déploiement diplomatique, en renforçant les moyens de nos ambassades sur le continent noir, en assurant la couverture bancaire et l'assurance, en assurant le transport aérien et maritime, entre autres, et en tirant le meilleur parti, notamment, de la Zone de libre-échange continentale africaine, qui ouvre des perspectives prometteuses.

Remarque : Compte tenu de son importance, nous avons décidé de consacrer au domaine économique un document complémentaire dans lequel nous exposons de manière approfondie et précise notre approche économique (politique économique et financière, modèle de développement, cadre budgétaire, réalisme financier, coût des mesures sociales, stratégie de financement, renforcement des ressources de l'État et développement des financements exceptionnels…)

03Le cadre organisationnel et la stratégie

Pour rendre sa considération à l'individu, à la société et à l'État :

01La crise de confiance envers les partis : le cadre n'existe pas, il faut l'inventer :

Alors qu'ils étaient autrefois l'outil des responsables politiques pour réaliser leurs ambitions, les partis politiques sont devenus aujourd'hui, dans leur structure traditionnelle, le cimetière de ces ambitions. Et les annonces de création de partis sont devenues, dans le même temps, des avis de décès.

Le cadre organisationnel que nous avons voulu novateur et efficace prend en compte de nombreux éléments, dont les plus importants sont sans doute :

  • La nature de la société tunisienne, minée par les divisions et déstabilisée, il n'y a pas si longtemps, par l'inflation des partis, la succession des gouvernements et la multiplicité des expériences de gouvernement, ce qui a installé un état d'« instabilité politique » qui a amené le « 25 juillet 2021 », et dont nous subissons les séquelles jusqu'à aujourd'hui.
  • Épargner au pays les efforts fébriles de certains pour reproduire des expériences qui ont prouvé leur échec dans l'histoire contemporaine de la Tunisie, où les partis ont fait du surplace, sont devenus un nouveau fardeau et ont fini par faire partie du problème et non de la solution.
  • La volonté de se distinguer et de ne pas se laisser entraîner à copier des structures et des moules tout faits qui mettent tout le monde dans le même panier et n'offrent pas aux Tunisiens une « offre » nouvelle, différente des autres dans son contenu et sur le fond.
  • Le souci que la nouvelle entité soit un outil d'action tournée vers l'extérieur, et non un toit qui abrite des semblables et les empêche de se mêler aux autres. Nous voulons une entité orientée vers l'action et la réalisation. Une entité allégée des lourdes charges organisationnelles qui épuisent le temps, l'énergie et l'argent... Une entité libérée pour servir la chose publique (la patrie) et non l'intérêt particulier (le parti).
  • La volonté que la nouvelle entité s'inspire, dans ses contenus, sa méthode de travail et ses objectifs, de l'esprit de l'État et non de l'esprit de parti, dans sa démarche au service de la chose publique et sans discrimination entre les Tunisiens ; qu'elle soutienne les efforts de l'État, sans s'y substituer ni conspirer contre lui ; qu'elle soit orientée vers le service de l'intérêt général et non vers celui des adhérents et des militants ; et qu'elle respecte, dans ses différentes activités, le mécanisme des sept étapes : réflexion, décision, action, communication, suivi, évaluation, ajustement et correction.
  • Œuvrer à ce que l'entité soit souple et mobile, capable de s'adapter aux nouvelles données d'une réalité changeante. Les entités fermées, rigides et sclérosées sont plus que d'autres exposées à se briser face à une réalité où les événements s'accélèrent et face à la nature des sociétés modernes, où les individus refusent d'adhérer à une entité semblable à une secte que l'on ne peut quitter. L'être humain moderne veut s'exprimer et mettre en pratique ses convictions sans renoncer à sa liberté et à son aspiration à l'autonomie. Il nous faut interagir avec cette évolution humaine que vivent la Tunisie et les autres sociétés, et selon laquelle se forment désormais les groupes humains... au point que l'on parle aujourd'hui de l'« ubérisation » de l'action politique et de la disparition progressive des « intermédiations » que monopolisaient autrefois les partis politiques, et, dans le même temps, de la présence remarquable et croissante des plateformes de communication.
  • Une entité qui renforce l'action commune, et qui organise « l'intérêt ou le minimum commun » et investit en lui selon la notion de « contrat » et non selon la notion d'« allégeance » et de soumission absolue... Une entité qui respecte l'« autonomie » des parties qui contractent avec elle et ne les invite pas à renoncer à leurs spécificités (individus, groupes, institutions ou organisations de la société civile...).
  • Une entité de rassemblement qui soutient les initiatives, quels qu'en soient les auteurs, dès lors qu'elles œuvrent pour l'intérêt général et respectent la « Charte Wajibna », que nous avons voulue comme un « code de bonne conduite » et une contribution à la moralisation de l'action politique. Un cadre qui accueille toutes les bonnes volontés et « facilite » toutes les initiatives, avec l'objectif d'en faire un cadre qui soutienne l'action réformatrice globale. D'où l'importance de mobiliser et d'attirer ceux qui se détournent de la politique, les indépendants, ceux qui boycottent et ceux qui s'abstiennent de voter ; mais avant cela, nous devons être connus de tous comme la « maison d'accueil » des initiatives, dans le cadre d'une action « en réseau » (le système mobile du réseau vaut mieux que le système figé et sclérosé des partis) qui réunit toutes les intentions sincères. Nous devons avoir conscience que tout le monde, à l'approche des élections ou à leur suite, courtisera toutes ces catégories qui ont choisi de prendre leurs distances avec la politique et les politiciens ; nous devons être les premiers dans ce domaine (notre parcours nous y précède : un parcours d'ouverture à toutes les énergies positives et d'action commune pour le bien de la Tunisie...).

La nouvelle entité part d'un principe et d'une conviction : gagner la bataille de l'être humain et de la société avant de gagner la bataille de l'État et du pouvoir. Gagner la bataille de l'être humain en l'encadrant, en le servant et en le faisant progresser, pour qu'il soit l'acteur principal et non la valeur oubliée et absente (en Tunisie, on parle de tout sauf des Tunisiens, sauf de l'être humain tunisien... les partis / le Parlement / l'organisation de base / les conseils des districts...).

La prochaine bataille est celle de l'être humain ; celui qui réussira à la mener sera le prétendant le plus à même de remporter la bataille du pouvoir et de la gestion de l'État.

La nouvelle force politique et sociale que nous voulons constituer doit représenter l'esprit de la société tunisienne, le rêve des Tunisiens d'un avenir meilleur et leur espoir de se libérer du cauchemar des divisions et des tiraillements sans fin. L'existence et le parcours de cette force politique et sociale doivent aller de pair avec un processus de réhabilitation de l'individu tunisien, qui doit devenir l'acteur principal du pays et avoir le dernier mot dans la détermination de son destin. Nous ne voulons pas encadrer des adhérents et des militants de parti dans une structure étroite ; nous voulons encadrer des Tunisiens dans une société ouverte. Nous ne voulons pas d'un cadre qui accentue la « division de ce qui est déjà divisé », mais d'un espace qui recherche ce que les Tunisiens ont en commun : telle est la logique de l'État, et non celle du parti. Car s'opposer au pouvoir par des moyens pacifiques et légaux ne signifie en aucun cas paralyser l'État et ses institutions. Personne ne tirera profit de l'effondrement d'un État que des générations ont bâti pour qu'il perdure, sans interruption ni effondrement.

02La méthode de travail : souplesse, ouverture et efficacité :

À l'image de la gestion resserrée des grands projets, il s'agit de constituer une équipe de travail restreinte, chargée des missions essentielles qu'exige toute entité politique qui cherche à se doter des éléments de la force et de la pérennité. Une équipe de travail qui ne cherche pas la démonstration de force (en mettant l'accent sur le nombre considérable d'adhérents), mais l'efficacité et l'efficience (le bon choix des personnes, des outils, des méthodes de travail, des axes d'action, du meilleur moment et de la rapidité d'exécution) ; une équipe de travail qui ne cherche pas seulement à exister, mais qui est régie par une « politique d'objectifs » claire et définie à l'avance... Une équipe de travail qui prend modèle sur l'État plus que sur les partis, afin qu'il soit clair pour tous qu'elle entend offrir plus tard au pays, lorsqu'il en aura besoin, des « hommes d'État » mus par « l'intérêt général », et non des « partisans » qui s'acharnent à défendre des intérêts catégoriels et partisans étroits.

Une équipe de travail qui veille à des missions et dont les unités fonctionnent de manière autonome (délégation des pouvoirs d'action et de décision), mais en parfaite harmonie entre elles.

Ce qui distingue cette entité des autres entités politiques traditionnelles, c'est sa propension à la délégation et à la contractualisation (externalisation vers des intervenants spécialisés, comme l'État concède certains secteurs au privé / externalisation pour rechercher la meilleure qualité et pour que le cadre puisse se consacrer à d'autres charges / les domaines que peut couvrir la délégation sont ceux qui requièrent des compétences scientifiques et techniques de haut niveau et ne revêtent pas un caractère souverain : médias et communication — études et programmes — formation — contrôle...).

Les trois missions auxquelles travaille l'équipe (juridique et des droits / politique et économique / sociétale et citoyenne) visent essentiellement à constituer un nouvel acteur politique, qui se distingue par la forte présence des jeunes et des femmes, par sa capacité de renouvellement et d'innovation, et par l'appui sur quatre forces de frappe :

  • Une force sociale et civile : par la libération de l'initiative citoyenne et sociale.
  • Une force de direction : par l'institutionnalisation de la présidence, en la dotant d'outils d'action et de réalisation et en l'aidant à améliorer la qualité de la décision.
  • Une force de coalition : par l'ouverture, les partenariats et les alliances avec des indépendants ou des structures organisées.
  • Une force de communication : en misant sur les stratégies médiatiques et de communication les plus récentes, les plus efficaces et les plus habiles.

Comme nous l'avons dit, la règle en matière de gestion des grands projets veut que l'on parte de « certitudes » que l'on possède pour affronter et maîtriser les « incertitudes » que l'on ne possède pas (et elles sont, sur ma foi, nombreuses et variées dans le domaine politique). Il est indispensable que nos débuts ne soient ni hésitants ni chaotiques, afin de ne pas peser négativement sur les autres étapes mentionnées plus haut. Nos certitudes de départ sont, si Dieu le veut, notre confiance dans les personnes qui forment le premier noyau (les équipes de travail), la clarté des objectifs et notre capacité à renouveler, à innover et à surprendre les Tunisiens. Après la première étape de fondation et la mise en place d'une base solide, droite et orientée vers l'action et la réalisation, toute nouvelle alliance, coalition ou partenariat pourra être intégré dans l'entité sans que cela n'affecte la naissance saine et équilibrée de ce nouvel acteur.

Nous tenons fortement à opérer un saut qualitatif dans le domaine de l'engagement politique, en remplaçant la logique figée et fermée de l'« adhésion » par la logique souple, renouvelée et ouverte du « contrat ».

Nous voulons un espace politique peuplé de « contractants » et non d'« adhérents »... Car l'efficacité exige que chaque nouveau contractant signe un contrat d'objectifs clair, dans un domaine déterminé et encadré par des délais précis.

Nous ne voulons pas d'adhérents spécialistes de tout (et, en réalité, de rien), guidés par une seule logique : l'allégeance.

Nous voulons des contractants qui apportent une « valeur ajoutée » dans les domaines les plus divers, qui assument des missions précises liées à des délais connus, guidés par la logique de l'action et de la réalisation. Ils se diversifient et se renouvellent, injectent du sang neuf et créent une dynamique positive et un élan ininterrompu (et le renouvellement que nous entendons est de deux types : un « renouvellement externe », par l'accueil de nouvelles personnes, et un « renouvellement interne », par la capacité des individus à se développer personnellement et institutionnellement, à travers la reddition de comptes, la remise en question et la formation continue).

Notre conception, puis notre choix, de la manière dont le nouvel acteur politique s'organise et fonctionne s'inscrivent dans notre volonté et notre détermination de faire revivre l'idée du « modèle tunisien », qui a distingué notre pays à des périodes importantes de son histoire contemporaine et lui a permis d'occuper une place de choix parmi les peuples en peu de temps après son indépendance, malgré sa petite taille et la rareté de ses ressources.

Nous n'avons pas besoin d'importer des solutions et de copier des expériences dont les prémisses et les objectifs ne correspondent pas à la « spécificité tunisienne », que nous avons tenu à renforcer et à promouvoir à chaque étape de notre action, de la conception à la mise en œuvre. Car la souveraineté est pour nous une notion globale : de même qu'elle comprend la souveraineté territoriale, juridique, politique et financière, elle englobe aussi, et surtout, la « souveraineté intellectuelle », qui se manifeste dans la manière de penser, de créer et de travailler : la Tunisie que nous voulons est la Tunisie dont nous rêvons, que nous voyons avec des yeux tunisiens et que nous bâtissons avec des bras et des ressources nationales.

Le projet Wajibna de salut et de réforme

  1. Force sociale et civile
  2. Force de coalition
  3. Force de communication
  4. Force de direction

03Le projet Wajibna : un espace de rassemblement et d'action commune :

La complexité de la crise tunisienne et la profondeur de la défiance envers la scène politique prouvent qu'aucun acteur, quelles que soient sa compétence ou la sincérité de ses intentions, ne peut prétendre être capable d'accomplir seul le salut et la réforme. La voie du changement ne peut être un parcours individuel ; elle doit être une œuvre collective et un nouveau pacte de confiance entre les forces vives. Le populisme a prospéré sur la division ; c'est pourquoi notre réponse doit être l'unité. Le projet « Wajibna » ne se limite pas à proposer un programme : il offre une méthode pour sortir de l'impasse, fondée sur le dialogue et la construction commune, en tant que valeurs morales fédératrices et méthode de travail.

Le projet « Wajibna » se pose en espace d'action commune, responsable et sérieuse, et en facilitateur de l'action de salut et de réforme, dont nous ne prétendons pas détenir le monopole. Nous nous engageons à présenter notre plateforme politique détaillée comme une contribution sérieuse et globale au débat.

Notre ambition est de stimuler les énergies et d'offrir une base de travail solide, afin que les forces nationales puissent construire ensemble l'issue de la crise.

04La moralisation de l'action politique :

À une époque où les réseaux sociaux ont envahi la sphère privée des individus et où la vie et l'intimité des gens sont devenues un livre ouvert à tous, que certains utilisent pour éliminer leurs adversaires politiques ou pour barrer la route à des personnes impliquées dans des affaires de corruption, de violence ou de criminalité ; face au recours croissant à la justice pour trancher les différends politiques et sanctionner ceux qui enfreignent les lois électorales ou font l'objet d'accusations de corruption, au point que l'on parle, dans de nombreux pays occidentaux et ailleurs, de domination de la justice et de son intervention pour trancher les conflits politiques ; et face à l'image négative dont souffrent les élites politiques auprès d'une majorité de Tunisiens, il devient nécessaire et inéluctable de soumettre tous les candidats à des fonctions au sein des entités politiques à l'examen, à la vérification et à l'épreuve, et de s'assurer que leur parcours est exempt de tout soupçon ou de toute accusation susceptible de leur nuire et d'affecter en particulier la crédibilité des entités auxquelles ils appartiennent, ainsi que la scène politique en général.

La moralisation de l'action politique, dont nous avons fait un axe central de la naissance et de la croissance de ce nouvel acteur politique, exige de nous, et de tous ceux qui œuvrent dans le champ politique, de s'assurer :

  • De l'intégrité des dossiers de tous les candidats à des postes de direction au sein des organisations politiques, à la compétition dans les élections nationales, régionales et locales, ou à des fonctions dans les institutions de l'État.
  • Du respect de la Charte Wajibna, qui définit les finalités nobles et le socle de valeurs qui encadrent l'action politique, dans sa compréhension comme dans sa pratique.

La voie du changement ne peut être un parcours individuel ; elle doit être une œuvre collective […]

Mondher Zenaidi« Wajibna » — Partie 330 juin 2025

04Le gouvernement du devoir national

La succession de gouvernements dépourvus des critères de compétence et de capacité, sans boussole ni objectifs connus et réalisables, a aggravé les crises du pays et creusé davantage le fossé entre le citoyen et les pouvoirs en place. La réforme du système de gouvernement — en particulier durant les deux premières années de l'après-populisme — est un maillon important du processus de salut et de réforme.

01Sa spécificité :

La Tunisie ne peut plus supporter aujourd'hui des luttes pour le pouvoir avant la formation du gouvernement et des luttes au sein du pouvoir après la formation du gouvernement : les majorités, les coalitions et les alliances, à supposer même qu'elles se forment, seront fragiles, paralysantes et susceptibles d'éclater à tout moment, pour ne pas dire qu'elles menaceront l'action gouvernementale.

Le gouvernement de l'après-populisme (les deux premières années) est :

  • Un gouvernement libéré des contraintes du favoritisme, du clientélisme, des appartenances, des alliances, des conflits, de la guerre des positions, des calculs étroits et de la logique des quotas.
  • Un gouvernement de l'action, de la réalisation, de l'efficacité et de la meilleure utilisation des ressources.
  • C'est un gouvernement de stabilité, destiné à sécuriser la phase de transition, qui retient l'intérêt national, la compétence et l'intégrité comme critères de référence, loin de tout autre calcul.
  • Le gouvernement du devoir national est un gouvernement qui ne ressemble pas à ceux qui l'ont précédé : c'est le gouvernement de tous et non le gouvernement de quiconque ; il n'obéit pas à la logique de la majorité et de l'opposition, mais travaille sans relâche à réaliser le plus large consensus possible autour des priorités nationales.
  • C'est un gouvernement non partisan et non politisé, mais un gouvernement qui travaille avec les partis et avec les acteurs politiques ; c'est un gouvernement indépendant des partis, mais qui n'est ni éloigné d'eux, ni en conflit ou en rupture avec eux. C'est un gouvernement qui marche sur deux jambes : une jambe technique et une jambe politique. Un gouvernement où le politique sert de bouclier pour protéger le technicien, afin que celui-ci puisse se consacrer à ses missions... Ce n'est pas un gouvernement de technocrates, mais un gouvernement de compétences nationales qui allie l'approche politique au savoir-faire technique et à la maîtrise des dossiers.
  • C'est un gouvernement de réformes, mais aussi un gouvernement de l'urgence et des mesures rapides qui ne peuvent attendre, comme la cessation des injustices politiques et sociales, le soutien aux familles pauvres et à revenu limité, et l'amélioration du quotidien des Tunisiens en matière de sécurité, de transport, de santé et de services publics.
  • C'est un gouvernement qui doit tirer sa force d'un soutien populaire, en plus du soutien politique, exprimer les orientations des Tunisiens et leurs besoins urgents, et s'appuyer sur leur désir de changement et de rupture avec les années d'inconséquence et de médiocrité.

02Ses objectifs et ses priorités :

Le gouvernement du devoir national combat cinq maux et vise cinq buts (programme −5/+5) :

  • Un gouvernement qui combat la pauvreté.
  • Un gouvernement qui combat la corruption.
  • Un gouvernement qui combat le despotisme (sous toutes ses formes : politique, sociale et économique).
  • Un gouvernement qui combat la médiocrité.
  • Un gouvernement qui combat l'insécurité.

Parallèlement, ce gouvernement s'efforce d'atteindre un ensemble d'objectifs immédiats et à terme, répartis en domaines et en priorités :

  • Priorité économique et sociale : le gouvernement de la relance économique, de la justice sociale, de l'égalité des chances et du droit à une vie digne.
  • Priorité politique : le gouvernement du développement de la vie politique et de la réunion des conditions d'un véritable pluralisme, d'une compétition loyale et démocratique et d'une large participation à la vie publique, ainsi que de la préparation des échéances électorales (par l'adoption de lois et de textes législatifs / le développement du secteur des médias / l'ancrage de l'indépendance de la justice et de tous les domaines d'arbitrage / la dynamisation de l'action civile et citoyenne / la garantie de la neutralité de l'État / la récompense du mérite / le contrôle et la prévention de l'usage de l'argent sale dans la vie publique et dans les opérations électorales...), afin que les prochaines élections représentent une rupture définitive avec toutes les manifestations du despotisme et une transition sûre et durable vers la démocratie, la participation, le pluralisme et la bonne gouvernance.
  • Priorité environnementale : le gouvernement de la préservation de l'environnement et de l'amélioration de la qualité de vie
  • Priorité diplomatique : le gouvernement de la souveraineté nationale et du renforcement de la place de la Tunisie à l'étranger.
  • Priorité stratégique : le gouvernement de la gestion de l'avenir et de la maîtrise des savoirs et des savoir-faire de demain.

03Sa structure :

C'est un gouvernement de cohésion, d'efficacité, d'action et de réalisation :

  • Il s'attache à réduire le nombre de ses membres, à fusionner certains ministères traditionnels et à créer de nouvelles fonctions, afin d'assurer la cohérence, l'efficience et l'efficacité.
  • Créer une fonction de coordinateur général du gouvernement, afin d'assurer la cohérence entre ses différentes composantes et d'accélérer la réalisation des projets. Parmi ses attributions figure la supervision des conseils interministériels, auxquels il sera recouru de manière plus intensive afin de mobiliser les ressources et de gagner en efficacité et en rapidité dans leur affectation.
  • Un gouvernement doté d'une politique de communication intelligente et ciblée : cohérent et solidaire à l'intérieur, en interaction avec l'extérieur et capable d'expliquer ses choix ; autrement dit, la présidence du gouvernement ne se contentera pas d'un conseiller en communication, mais créera un nouveau département, le « Département de l'information et de la communication gouvernementale », pour développer des « stratégies de communication gouvernementale » et renforcer sa capacité à anticiper les crises, à expliquer ses choix et à mobiliser l'opinion publique afin de réussir leur mise en œuvre concrète et d'améliorer le quotidien des Tunisiens.
  • Un gouvernement resserré, fonctionnant par pôles, qui privilégie la compétence, le mérite et l'efficacité en regroupant les missions et les fonctions de manière à assurer la cohérence, l'efficacité et la rapidité d'exécution.
  • C'est un gouvernement d'objectifs : il a besoin pour cela de renforcer le contrôle de la performance gouvernementale, d'évaluer les politiques publiques, de rationaliser l'usage des ressources et de bien les employer dans la gestion du service public, et d'améliorer la qualité des services ; cela passe par les institutions de contrôle telles que l'Assemblée des représentants, le Conseil des ministres et la Cour des comptes... à quoi s'ajoute le rôle nouveau de la Cour constitutionnelle, une fois installée, dont l'une des principales attributions est le contrôle de la constitutionnalité des lois et le contrôle de l'action gouvernementale exprimée par les règlements et les décrets...
  • Créer un nouveau pôle ministériel regroupant toutes les fonctions politiques du gouvernement, à savoir les relations avec le Parlement, avec la présidence de la République et avec les composantes politiques — partis, alliances ou indépendants —, avec les organisations nationales, les instances constitutionnelles, la société civile et d'autres ; un pôle ministériel qui constitue le bras politique d'un gouvernement non politisé et non partisan, mais qui a besoin de travailler avec tous les acteurs politiques, tout en veillant à ce que les autres membres du gouvernement se consacrent à leurs charges techniques ; un pôle ministériel qui fait du « politique » une spécialité et non une identité, soumise aux critères du professionnalisme et de l'efficacité et non à ceux de l'esprit partisan et de l'appartenance.
  • Créer un pôle ministériel consacré à l'administration locale, qui aide à surmonter les séquelles de l'absence de gouvernance locale après la suspension du régime municipal et la faiblesse des autorités locales existantes. Parmi les attributions de ce pôle : le développement local, l'appui à la réalisation des grands projets, le réaménagement des équipements publics et l'amélioration de la qualité des services...
  • Créer une fonction de ministre conseiller chargé de mission auprès du chef du gouvernement, dont le domaine sera la Tunisie de demain : le « ministre de la Stratégie et de la Prospective ». Parmi ses missions figurera la supervision de l'Institut tunisien des études stratégiques (ITES), après l'élargissement de ses attributions et son rattachement à la présidence du gouvernement au lieu de la présidence de la République. Cela est de nature à adresser des messages forts à notre jeunesse et à nos compétences nationales, afin qu'elles ne perdent pas confiance en leur avenir et en l'avenir de leur pays, ainsi qu'un message fort à l'étranger et aux investisseurs étrangers, institutions et particuliers, pour dire que la Tunisie est le pays de l'avenir (parmi ses missions : la modernisation de l'administration, l'économie verte, les énergies renouvelables, l'intelligence artificielle, les métiers de demain...).

04Ses composantes :

Le gouvernement du devoir national se compose d'un chef du gouvernement et de membres qui doivent réunir cinq conditions :

  • La compétence.
  • L'intégrité.
  • Le courage.
  • L'indépendance.
  • L'opérationnalité.

Car les postes et les fonctions sont un mérite et une charge, non une convoitise et un honneur. Assez de rêves gaspillés, de ressources dilapidées et de situations aggravées pour la Tunisie, du fait que ses affaires ont été confiées à des personnes qui ne réunissent pas les conditions minimales pour cela.

Outre l'absence, dans le parcours, de tout empêchement juridique et moral, la réunion des qualités d'opérationnalité et d'aptitude prémunira l'action dans la sphère publique contre les risques de corruption et de médiocrité, et en améliorera nécessairement et considérablement les résultats, et donc leur effet positif et rapide sur la vie des gens.

Ces Tunisiens appelés à diriger le pays existent ; ils vivent parmi nous et nous les connaissons bien, mais les systèmes du populisme, de l'allégeance, du fanatisme partisan et de l'opportunisme les ont ignorés et ont privé le pays de leur savoir, de leur expérience, de leur intégrité et de leur loyauté envers leur patrie. Le gouvernement du devoir national est un gouvernement qui mobilise les compétences nationales ; c'est le gouvernement des meilleurs, des plus dignes et des plus aptes à assumer la charge.

Le gouvernement du devoir national : ses caractéristiques

  1. Gouvernement du consensus
  2. Gouvernement du mérite
  3. Gouvernement technique et politique
  4. Gouvernement de réformes
  5. Gouvernement de l'urgence
  6. Gouvernement de la stabilité
  7. Gouvernement de l'action et de la réalisation

Le gouvernement du devoir national : objectifs et priorités

5 grands combats — 5 priorités

  • Contre la pauvreté — Priorité économique et sociale
  • Contre la corruption — Priorité politique
  • Contre le despotisme — Priorité environnementale
  • Contre la médiocrité — Priorité diplomatique
  • Contre l'insécurité — Priorité stratégique

Le gouvernement du devoir national : améliorer l'action gouvernementale

  • Un gouvernement resserré, organisé en pôles
  • Renforcement du contrôle et de l'évaluation
  • Un pôle consacré à l'administration locale
  • Création d'une fonction de coordinateur général du gouvernement
  • Un pôle consacré aux fonctions politiques
  • Département de l'information et de la communication gouvernementale
  • Ministère de la Stratégie et de la Supervision

Le gouvernement du devoir national : conditions pour en être membre

  • La compétence.
  • L'intégrité.
  • Le courage.
  • L'indépendance.
  • L'opérationnalité.

Cinq critères de l’action publique

  • Compétence

    Confier l’action publique à une expertise reconnue et à l’excellence.

  • Intégrité

    Exiger la probité et la transparence dans l’exercice des responsabilités.

  • Courage

    Assumer des décisions difficiles lorsque l’intérêt général l’exige.

  • Indépendance

    Décider librement, à l’abri des groupes de pression.

  • Opérationnalité

    Agir sans délai et avec efficacité.

Cinq combats

  • Contre la pauvreté

    Justice sociale et dignité pour chacun.

  • Contre la corruption

    Transparence et reddition de comptes.

  • Contre le despotisme

    Démocratie et libertés.

  • Contre la médiocrité

    Excellence et compétence.

  • Contre l’insécurité

    Protection et stabilité.

Illustration : bureau avec un parchemin vierge déroulé, encrier, cire et sceau, rameau d'olivier, fenêtre sur les toits de Tunis.

05La charte « Wajibna »

Le devoir national exige que chacun contribue, depuis sa position, au projet de salut et de réforme : qu'il soit au pouvoir, dans l'opposition ou dans la société civile... Le devoir national exige que nous renoncions à regarder les choses sous des angles politiques étroits et que nous fassions tout ce qui est en notre pouvoir pour épargner au pays un nouvel échec qui risquerait de tout emporter sur son passage... Un nouvel échec signifierait l'extension du désespoir à de nombreuses couches de Tunisiens, dont certains pourraient être poussés par leur désespoir à la démission, au retrait loin des autres et au repli sur la sphère privée, et d'autres à fuir le pays dans les barques de la mort, ou à glisser dans la délinquance et le crime organisé, ou, à Dieu ne plaise, au suicide, expression extrême du désespoir...

Notre devoir aujourd'hui :

  • Consacrer notre temps au service des gens et à la défense de leurs intérêts, afin de leur épargner les catastrophes qui ont frappé d'autres qu'eux et de leur ouvrir de nouvelles fenêtres d'espoir... et ne pas gaspiller notre temps et celui du pays dans les chamailleries, les polémiques, les luttes d'influence internes et les conflits idéologiques et politiciens stériles ; où que nous soyons, nous devons être au service des gens, de leur bien-être et de la recherche de solutions à leurs problèmes...
  • Nous tourner vers les déshérités et vers les régions qui souffrent de marginalisation et d'exclusion, car le retard de ceux-ci tirera inévitablement le pays vers l'arrière et entravera la marche du salut et du redressement... Et soyons certains que la Tunisie ne progressera pas tant qu'il y aura en elle une injustice sociale et tant qu'il y aura ces écarts choquants entre les privilégiés et les déshérités... Nous devons regarder vers la « Tunisie d'en bas », car si nous la délaissons, la négligeons et l'abandonnons, elle nous entraînera vers ses profondeurs...
  • Ne pas vider notre administration, qui est le cœur battant du pays, de ses cadres et de ses compétences pour les remplacer par des proches, des protégés et des flatteurs. Ce serait un fardeau nouveau qu'elle ne pourrait porter, elle qui a besoin de modernisation, d'amélioration de sa qualité et de réformes profondes ; faute de quoi c'est la patrie, et en particulier ses catégories vulnérables et déshéritées, qui paiera cher le prix de la médiocrité et de l'impuissance, comme c'est le cas aujourd'hui.
  • Ne pas utiliser les moyens et les ressources de l'État, ni le pouvoir et les cercles d'influence, pour régler des comptes, punir des adversaires et affaiblir des opposants... Réduire le cercle des adversaires et élargir celui des amis, et choisir une communication qui s'écarte de la surenchère et de la provocation et qui fasse de la Tunisie une opération d'addition, et non de soustraction ou de division... Et comprendre que la réussite réside dans la plus large association possible des Tunisiens à l'intérêt pour la chose publique et à la gestion de leurs affaires quotidiennes, et dans leur réconciliation avec leur patrie, avec la politique et avec leurs élites...
  • Ne pas restreindre les libertés sous prétexte de réformes... Et ne pas renoncer à de grands acquis pour lesquels des générations se sont sacrifiées et des martyrs sont tombés, sous prétexte des exigences du moment... Le destin de la Tunisie n'est pas de reculer à chaque fois pour avancer de quelques pas, ni de sacrifier à chaque fois une partie de ses enfants pour qu'une autre partie en profite. Nous devons faire de la Tunisie une synthèse belle et intelligente de ce qu'il y a eu de meilleur avant et après la révolution, ne pas accepter la médiocrité, la corruption et la mauvaise gestion comme une fatalité, et ne pas nous laisser gagner par le désespoir quant à la possibilité de réformer la Tunisie et de la faire décoller vers un avenir meilleur...
  • Préserver la souveraineté de la décision nationale et ne pas nous soumettre à la tutelle et aux diktats étrangers, quelle qu'en soit la source et quelle qu'en soit la contrepartie (que nous soyons dans l'opposition à combattre le despotisme ou au pouvoir à gérer la chose publique)... Car lorsque le Tunisien sent que sa décision ne lui appartient pas, qu'il subit au lieu de choisir lorsqu'il s'agit de décider de son destin, de fixer ses priorités et de choisir ses dirigeants, il ne se taira pas longtemps...
  • Que notre crainte pour la Tunisie soit plus grande que notre crainte pour nos positions ; ouvrir nos cœurs et nos portes aux Tunisiens et ne pas laisser la peur de l'avenir s'insinuer dans leurs cœurs... Et ne pas alourdir le navire Tunisie de sentiments de désespoir, de découragement, de défiance et de perte d'espoir, car s'il est sauvé, nous serons tous sauvés.

Que Dieu nous guide vers ce qui est bon pour la Tunisie.

Que notre crainte pour la Tunisie soit plus grande que notre crainte pour nos positions

Mondher Zenaidi« Wajibna » — Partie 530 juin 2025